II
194 COSROES.
Et donnés seulement un chef aux mécontents : Sans peine vous verrez vostre ligue formée; De ce nombre desja comptez toute l'armée, A qui la paix, deux fois refusée aux Romains, Fait d'un juste despit choir les armes des mains. Et qui, me préférant au chef que l'on envoyé, Sous main embrassera mes ordres avec joye ; Des satrapes encor tout le corps irrité S'offre à prester l'espaule à vostre aulhorité ; Et tous, unis pour nous de mesme intelligence. Gardent encor à part leurs sujets de vengeance. En la mort d'Hormisdas les uns interressez De ce grand attentat sont encore blessez, Et verroient avec joie et d'une ardeur avide Punir par un second le premier parricide; D'autres, dépossédez de leurs gouvernements. Attendent, pour s'ouvrir, les moindres mouvements; Et d'autres, offensez en leurs propres familles, En l'honneur d'une femme, en celuj de leurs filles. Trop foibles pour agir, jusqu'à l'occasion Dissimulent leur hayne et leur confusion. Comme un soleil naissant le peuple vous regarde, Et, ne pouvant souffrir celuy qui vous retarde, Déteste de le voir, si prez de son couchant , Traisner si loing son âge imbecille et penchant. Son esprit, agité du meurtre de son père, Dedans sa resverie à tout propos s'altère. Et, ne possédant plus un moment de raison, Ne luy laisse de roy que le sang et le nom. Le crédit d'une femme en a tout l'exercice. Toute la Perse agit et meut par son caprice ; Et bien-tost, par son fils qu'elle va couronner.