‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 146 sur 183 · ACTE II, SCENE I. 2o · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I. 2o

Mais je renonce à tout pour sauver un espoux; Déchargez vostre esprit de ce qui le traverse , Cosroés m'est plus cher qu'un monarque de Perse; Sans luy je ne puis vivre, et, vivant avec luy, Je puis estre encor reyne, et régner en autruy; La puissance qui passe en un autre nous-mesme Laisse encor en nos mains l'autorité supresme, Et nous ne perdons rien lorsque le mesme rang, Quoyque souz d'autres noms, demeure à nostre sang.

CosROÉs.

J'ay trop d'expérience, et j'ay trop veu de marques, O généreux surgeon et tige de monarques, De l'estroite union que produisent nos feux, Pour croire, avec TEstat, devoir perdre vos vœux. Je sçay que vostre amour s'attache à ma personne, Qu'elle me considère, et non pas ma couronne; Aussi depuis longtemps le faix ne m'en est doux Que par l'honneur qu'il a d'estre porté de vous; Je n'en aime l'esclat que dessus vostre teste, Je sçay combien j'en fis une indigne conqueste ; Je ne puis me parer d'un ornement si cher Que je ne pense au front d'où j'osay l'arracher. Et sçay que sur le mien tout ce qu'il a de lustre D'un énorme forfait n'est qu'une marque illustre. Si vous le voulez donc au front de vostre fils, Je m'en prive avec joye, et je vous l'ay promis; Je ne le puis garder par droict héréditaire. Après m'estre souillé du meurtre de mon père ; Mardesane en sera plus juste successeur. Du bien de son ayeul faisons-le possesseur; Si l'acquisition en fut illégitime.

J'en ay joùy sans droict, la garde en est un crime ;

204 COSROÉS.

Je le retiens à tort comme à tort je le pris ; J'en despoûillay mon père, et j'en frustre mes fils. Ne consultons donc plus, Madame, allons élire, A la teste du camp, une teste à l'empire; Tranquille et déchargé d'un faix qui m'a lassé, Je verray sans regret, en cet âge glacé. Mon sceptre soustenu d'un main plus capable, Et mon sang innocent succéder au coupable.

Sardarigue.

Mais peut-il l'accepter. Seigneur, sans attentat Contre le droict d'aisnesse et la loy de l'Estat? De mon zèle, Madame, excusés la licence, Syroés a pour luy le droict de la naissance; Voulez-vous voir armer la Perse contre soy. Et luy donner la guerre en luy donnant un roy? Songez à quels malheurs vous l'exposés en butte, Un rang si relevé vaut bien qu'on le dispute.

Syra.

Objet de nos encens, soleil, tu m'es tesmoing Si l'interest d'un fils me produit aucun soing, Et si l'ambition qu'excite un diadesme, Pour en parer autruy, sortiroit de moy-mesme ! Vostre seul interest. Seigneur, m'en peut priver. Je le perds sans regret, quand il vous faut sauver. Mais, déposant ce faix où vostre âge succombe. Voyez sur qui des deux il importe qu'il tombe : L'interest de l'aisné, vous vivant, est couvert, Et son aisnesse encor n'a point de droict ouvert; Un roy qui fuit le soing, et dont l'âge s'abaisse, Peut dessus qui luy plaist reposer sa vieillesse, Et, pour faire en autruy considérer ses lois, Donner à ses agents la qualité de roys.

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