ACTE II, SCENE 1. 20b
Syroés, appuyé du droict qu'il peut prétendre, Si-tost qu'il régnera, ne voudra plus dépendre ; Et, vous croyant l'empire avecques luy commun. Vous serez à son règne un obstacle importun; Vous le verrez bien-tost, s'il se sent l'advantage, Esloigner les objets qui luy feront ombrage; Et je puis craindre pis, après que ce matin Il eust, sans Mardesane, esté mon assassin, Et que pour cet effet il a tiré l'espée.
COSROÉS.
O dieux ! que dites-vous !
Syra.
Il ne m'a point trompée; Comme il croit mon crédit fatal à son espoir, Il n'a jamais cessé de choquer mon pouvoir; Et, pour toute raison, j'ay l'honneur de vous plaire, Et la haine du fils naist de l'amour du père. Que puis-je attendre donc de son authorité ?
CoSROÉS.
Je pourverray, Madame, à vostre seureté.
Syr.\.
Eslevant Mardesane à ce degré supresme.
Vous regnerés (Seigneur) en un autre vous-mesme ; Souz le gouvernement qu'il se verra commis, Etl'Estat, et le roy, tout vous sera sousmis; Et pour vostre repos, dont l'interest nous touche, Vos ordres, seulement, passeront par sa bouche ; Par luy vous régnerez, par vous il régnera. Et ce seront vos loix qu'il nous dispensera. Le soing le regardant, la gloire sera nostre ; Je cognois sa vertu, c'est mon sang, c'est le vostre, Dont vos chastes ardeurs ont honoré ce flanc,
2o6 COSROES.
Et que j'ose pleiger du reste de mon sang.
COSROÉS.
Par les pleurs que je dois aux cendres de mon pere> Par le char éclattant du dieu que je révère, Par l'âge qui me reste, et qu'il esclairera , Mardesane, Madame, aujourd'huy régnera; Je vous l'avois promis, et mon repos me presse. Autant que mon amour, d'acquitter ma promesse; Par forme, Sardarigue, assemblez le conseil. Mais du couronnement disposez l'appareil.
Sardarigue.
Où la reine. Seigneur, semble estre interressée, Je n'ose plus avant vous ouvrir ma pensée; Mais...
Syra.
On n'a pas dessein d'en croire vos advis.
Sardarigue.
Ils n'ont point fait de tort, quand on les a suivis; Et ce projet, Madame, est d'assez d'importance Pour ne le pas presser avecques tant d'instance. Si j'en prevoy l'issue, elle doit aller loing.
Cosroés.
Je prendray vos conseils quand j'en auray besoing. Cependant, pour ne rien tenter à nostre honte, Arrestez Syroés, et m'en rendez bon conte.
Sardarigue.
Si vous voulez, grand roy, voir le peuple en courroux. Le camp et tout l'Estat soulevez contre vous , Imposez-moy cet ordre, et faites qu'on l'arreste.
Cosroés.
A ne pas obeyr il va de vostre teste.