‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 157 sur 183 · ACTE III, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE II

Sardarigue.

Le plus foible party prendra loy du plus fort. Mais de vostre prison il attend le rapport, Madame, et vous voyez qu'à mon bras qui balance, Un reste de respect deffend la violence. J'ay peine à vous traicter avec indignité; Allons, épargnés-nous cette nécessité.

Syra.

11 n'est pas merveilleux qu'un subject infidelle Escoute encor sa foy qui tremble et qui chancelle. Quand, par un détestable et perfide attentat, Il veut blesser en moy tout le corps de l'Estat; Quand, commis de l'Estat, sa rage se desploye Non contre l'accusé, mais contre qui l'employé. Tu tiens de Syroés l'ordre de ma prison ! Le perfide a long-temps couvert sa trahison, Bien séduit des esprits, bien pratiqué des traistres, Et long-temps envié le pouvoir de ses maistres; La brigue d'une ville et de toute une cour N'est pas l'effort d'un homme et Pouvrage d'un jour. Tels à qui par pitié j'ay fait laisser la teste Auront dessus la mienne esmeu cette tempeste ; Mais, si cette vapeur s'exhale en éclatant, Si le sort peut changer, comme il est inconstant, Les bourreaux laisseront, de cette perfidie, Une si mémorable et triste tragédie Que jamais faction ne naislra sans trembler Et craindre le revers qui pourra l'accabler.

Sardarigue.

Je laisse à la fortune à disposer des choses. Mais l'heure...

î22 cosroes.

Syra.

Approche, vien,traisne-moy si tu l'oses, Et, si le nom qu'hier je te vis adorer N'a plus rien aujourd'huy qu'il faille révérer, Foulle aux pieds toutrespect, traisne,etn'attendspas,traistr Que je doive obeyr aux ordres de ton maistre Et d'un cœur abbatu consentir ma prison.

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