‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 16 sur 183 · acte ii, scene ii · texte numérisé non relu

acte ii, scene ii

Le Roy.

Le sommeil nous pressant se vainc malaisément; La musique, le jeu, cent tours à la fenestre De cet astre inhumain qui n'a daigné paroistre , Cent plaintes à sa porte, et cent souspirs sans fruit, M'ont osté le repos de l'ame et de la nuict ; Tant que, m'ayant des sens presque interdit l'usage. Le jour veut de la nuict me reparer l'outrage. Mais Dom Bernard arrive et vient d'un doux resveil Guérir ma lassitude et charmer mon sommeil; Il a tant fait pour moy que, pour sa recompense, Mon pouvoir aujourd'huy cognoist son impuissance.

Le Comte.

Les prix qui d'un grand cœur suivent les grands exploits Sont les plus clairs brillans des couronnes des rois; Aux grandes actions leur charme nous invite, Par eux l'ame s'esleve et la vertu s'excite ; Par eux il n'est dessein dont on ne vienne à bout, Et ne rien épargner est l'art d'acquérir tout; Mais si pour un sujet jamais vos mains royales Ont eu lieu de s'ouvrir et d'estre libérales, Dom Bernard, si fameux par tant d'occasions, Est le plus digne objet de vos profusions, Puisqu'aux nobles travaux de ce courage illustre Les armes d'Arragon doivent leur plus beau lustre, Et qu'enfin, quelque éclat dont il soit revestu, Son rang sera tousjours moindre que sa vertu.

Le Roy.

Je cognoy ma foiblesse à le bien recognoistre, 11 épuise ma force à force de l'accroistre ; Par nos communs bien-faits il l'emporte sur moy. Je luy donne en vassal, et luy me donne en roy ;

3o DOM BERNARD DE CABRERE.

Mais l'amitié, qui rend toute chose commune, Luy va, comme mon cœur, partager ma fortune, Et sur son seul mérite appuyer mon pouvoir. Il arrive, avançons, allons le recevoir. Et bastir aujourd'huy le plus haut édifice Qu'ayent jamais eslevé le sort et la justice.

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