ACTE II, SCENE I
De nos affections éprouvent l'importance ; Tel que la cour rebutte ou ne caresse pas, Souvent mal à propos se lasse au dernier pas, Et, sans la lâcheté de retourner arrière, Trouvoit une couronne au bout de sa carrière. Je sçay que le destin, qui dispense les rangs, Tient pour nous les donner des moyens différents; Par des chemins divers eleve aux grandes choses, Et les semé, à son gré, d'épines ou de roses; Je sçay que, par un heur qui ne se conçoit pas. Pour arriver si haut je n'ay pas fait un pas. Et que tout mon crédit et toute ma puissance Ne sont qu'un simple effet de mon obéissance; Que je meritois moins que vous ne méritez. Et qu'on m'a tout donné ce que vous acheptez ; Mais ce mesme destin dont l'aveugle caprice Me fait tant de faveur, à vous tant d'injustice, Peut, de la mesme main dont il m'a fait monter. Et vous mettre en ma place, et m'en précipiter; De ma part soyez seur d'une ardeur sans pareille, Et qu'au poinct où du roy je possède l'oreille. Pour peu que sa bonté réponde à mes souhaits. Mes soins vous produiront d'infaillibles succès.
D. LopE.
Quelques traits si perçants dont la douleur me touche. Avec cette bonté vous me fermez la bouche, Et je tiendray l'honneur de vostre affection Pour le plus digne objet de mon ambition.
D. Bernard.
Au reste, de quel œil voyez-vous Violante?
D. LopE.
Ce nom m'est incognu.
D. Bernard.
Quoy ! le nom de l'Infante !
Ce nom par qui le Ciel nous voulut exprimer L'invincible pouvoir qui force de l'aymer, Et treuve tous les cœurs sans defîense et sans armes?
D. LopE.
J'en confondois le nom, mais j'en cognois les charmes , Et, si mon mauvais sort me permet d'en parler, N'ay rien veu sous le ciel qu'on luy puisse égaler, Ny qui sousmette une ame avecques plus d'empire ; Mais , quelque haut dessein que l'amour vous inspire , Vostre heur et vos vertus vous la peuvent donner, Et ce leur seroit peu que de vous couronner.
D. Bernard.
Traictons avec respect les dignitez supresmes. Et ne touchons jamais jusques aux diadesmes; Le Ciel, qui les sacra, veut qu'ils soient rêverez Et n'ouvre point l'oreille aux vœux immoderez. Allons de nos lauriers faire hommage à ses charmes Et rendre compte au roy du succès de ses armes. Venez; les veritez que j'y diray de vous Feront de ce récit les brillants les plus doux.