‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 162 sur 183 · ACTE III, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IV

Nous ne sommes qu'un sang et qu'un cœur séparé,

Je pourrois achever ce qu'elle a préparé,

D'un frère contre vous espouser la querelle,

Dedans vostre desbris m'interresser comme elle,

Sapper les fondements de vostre autorité ,

Et renverser le trosne où vous estes monté.

Si ces yeux vous ont plù, gardez que de leurs charmes

Contre vostre pouvoir je ne fasse des armes,

Et n'en achepte l'offre et d'un cœur et d'un bras

Qui m'ozent immoler vos jours et vos Estais ;

Prévenez sans égard tout ce qui vous peut nuire,

Adverty, destruisez ce qui vous peut destruire.

Craignez l'aveuglement d'un amour irrité,

El ne considérez que vostre seureté.

Voudriez-vous m'obliger d'aimer mon adversaire?

Souffrirois-je en mon lit l'assassin de ma mère?

Pourrois-je sans horreur avec son ennemy

Partager un pouvoir par son sang afîermy?

Gardes, emmenez-moy, son salut vous l'ordonne,

Sauvez de ma fureur sa vie et sa couronne.

Helas ! à quoy, nature, obligent tes respects,

Qu'il faille à mon amant rendre mes vœux suspects.

Et, pour en obtenir ou ma perte ou ta grâce,

Contre ce que j'adore employer la menace !

Par ces transports. Seigneur, jugez de mes douleurs,

J'aurois plus obtenu du secours de mes pleurs;

Mais un extrême ennuy n'en est gueres prodigue.

Syroés.

Gardes, suivez Madame, et cherchez Sardarigue ; Qu'il obeysse aux loix qu'elle luy prescrira, Et sur tout qu'en ses mains il remette Syra. Allez.

aîo COSROES.

Narsée.

Cette faveur vous couste trop de peine.

Syroés.

Non, non, je m'abandonne aux fureurs de la reyne, Et ne regarde plus ny le droict qui m'est dû, Ny le rang que je tiens, que comme un bien perdu; Je vous préfère aux dieux, dont les bontez prospères M'ont voulu conserver le trosne de mes pères; Vous m'en voulés priver, il vous faut obeïr, Et, d'un respect aveugle, avec moy vous trahir. Je n'ay qu'un seul regret, que mon amour extrême, En bazardant mes jours, se bazarde luy-mesme. Et qu'au point du succès dont je flattois mes veux. L'heur de vous posséder me devienne douteux.

Narsée.

Quoy que vous bazardiez, je cours mesme advanture, Nous aurons mesme couche ou mesme sépulture; De vos vœux, vif ou mort, je vous promets le prix : L'hymen joindra nos corps, ou la mort nos esprits; Mais, si vous en daignés croire un amour extrême, Je vous responds du jour, du trosne et de moy-mesme; J'observeray la reyne avecques tout le soing Qu'exigeront les lieux, le temps et le besoing; Et j'oze vous promettre un bouclier invincible, En la garde d'un cœur surveillant et sensible, Qui de vos ennemys vous parera les coups, Ou qu'il faudra percer pour aller jusqu'à vous.

Syroés, s'en allant d'un autre costé.

Réglés à vostre gré la fortune publique. Usés comme il vous plaist d'un pouvoir tyrannique; Consommés en ce cœur, sur qui vous l'exercés, Il le faut bien souffrir; gardes, obeyssez.

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