SCENE PREMIERE
SYROÉS, ARTANASDE.
Syroés, lisant un billet.
CE billet est un gage à Vosire Majesté, Qu'elle peut avec confiance Donner à son porteur une entière créance. Et s'asseurer sur moy de sa fidélité.
Palmyras.
Syroés continïie.
Qu'est-ce, Aitanasde?
Artanasde.
Ha , Sire ! à la seule pensée De ce fatal rapport, j'ay l'ame encor glacée; Pour l'exécution d'un complot odieux, La reyne sur mon bras a pu jetter les yeux ; Vous croyant arresté, cette fiere adversaire M'a commis par ma sœur un présent à vous faire. (Luy monstrant le poignard et le poison.) Pour vous voir immoler à son ressentiment,
232 COSROES.
Ou, pour vostre refus, en estre l'instrument, Ce fer ou ce poison...
Syroés.
O détestable femme !
Artanasde.
De vos jours innocens devoit couper la trame.
Syroés.
O dieux !
Artanasde.
Et j'en ay l'ordre à dessein accepté.
Craignant qu'un autre bras ne l'eust exécuté. Elle a pressé ma sœur avec toute Pinstance Qui pouvoit esbranler la plus ferme constance, Et nous devions, pour prix de ce grand attentat. Avoir si bonne part aux employs de l'Estat Que nous eussions pu tout , et qu'après sa personne, Nul n'eust tenu de rang plus prez de la couronne; Mais ma sœur, opposant à cette ambition La louable terreur d'une noire action (Et frémissant d'horreur d'une telle injustice), N'a que pour l'abuser accepté cet office; J'ay d'une mesme horreur ce dessein détesté, Et l'advis important à Vostre Majesté (Dont je cognois qu'enfin la Perse doibt dépendre), J'ay cherché Palmyras pour venir vous l'apprendre; Mais, travaillant ailleurs, il s'en est deffendu Par le mot de sa main que je vous ay rendu.
Syroés.
Artanasde, croyés que ma recognoissance Ne cessera jamais qu'avecques ma puissance. Et que je sçauray mieux recognoistre un bien faict Que Syra n'a promis de payer un forfaict.