‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 167 sur 183 · ACTE IV, SCENE II. 2J · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II. 2J

Cosroés s'est esmeu, quelque alarme se donne; Mais, tous deux arrestez, on cesse, et sur le champ Un Vive Syroés ! s'estend par tout le camp. Et, tesmoignant pour vous des ardeurs infinies, Vous a, comme les voix, les volontés unies. Admirez quel bon-heur conduit nostre projectl Deux roys n'ont dans le camp treuvé pas un sujet ; L'allarme s'est éteinte aussi-tost qu'allumée , Et vostre nom, tout seul, a meu toute l'armée; Pharnace les ameine, et tout le camp qui suit Vient de ce zèle ardant vous demander le fruict.

Syroés, pleurant.

Que vostre faste est vain, ô grandeurs souveraines, S'il peut si tost changer des sceptres en des chaisnes !

Sardarigue.

Goustez mieux la faveur d'un changement si prompt. N'en soyez pas ingrat aux dieux qui vous la font.

Syroés.

Sardarigue, souffrez que ma douleur vous marque Les sentiments d'un fils parmyceux d'un monarque, Et plaigne un père aux fers qui regnoit aujourd'huy.

Sardarigue.

Il vous a plus produit pour l'Estat que pour luy; Considérez son crime, et non pas sa misère, Et, père de l'Estat, ne plaignez point un père. A qui laisse languir l'efîect d'un grand dessein Le temps peut arracher les armes de la main. Et les faire passer en celles du coupable. Quand de le prévenir on s'est fait incapable. Le fera-t'on entrer?

Syroés, pleurant.

Attendez, laissez-moy

238 COSROÉS.

Reprendre auparavant des sentimens de roy. Puisqu'il faut estouffer la pitié qui me reste, Laissez-moy préparer à ce combat funeste, Où, contre les conseils de mon ambition, Mon sang, sans l'avouer, prend sa protection. Puis-je sans crime, helas ! lancer ce coup de foudre? Condamnéparmespleurs,quel dieu pourra m'absoudre?

Sardarigue.

Ces foiblesses, Seigneur, démentent vostre rang.

Syroés.

Pour les faire cesser, faites taire mon sang, Contre ses mouvements ma résistance est vaine; Tenez-les quelque temps en la chambre prochaine. Tandis qu'à la rigueur dont je leur doibs user. Contre mes sentimens, je me vay disposer. Tandis qu'à les hayr mon ame se prépare, Et que je m'estudie à devenir barbare.

Un tyran détestable, un maudit interest, O père infortuné, demande ton arrest; J'ay son authorité vainement combattue, Et l'or de ta couronne est le fer qui le tuë.

(// sort.) Sardarigue, seul.

Que ton droict, absolu sur tout ce que nous sommes, Est, comme aux plus petits, fatal aux plus grands hommes ! Tout meut par ton caprice, et rien dans l'univers Ne se peut dire, ô sort, exempt de tes revers.

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