‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 175 sur 183 · ACTE V, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE II

Ou s'il faut autre chose afin de vous confondre?

Syra.

Quand j'ay tout avoué, je n'a y rien à respondre; Je prends droict par moy-mesme, et mon plus grand forfaict Est, non d'avoir ozé, mais ozé sans effect.

Syroés.

Les instruments du mal le seront du supplice. Choisissez l'un des deux, et faites-vous justice.

Syra.

C'est quelque grâce encor, je n'ozois l'espérer. Je choisis le poison, fay-le-moy préparer : Je l'estimeray moins un poison qu'un remède Que je dois appliquer au mal qui me possède; Le goust m'en sera doux, au deffaut de ton sang. Dont avec volupté j'eusse espuisé ton flanc. Je préfère à la vie une mort salutaire Qui me va délivrer des mains d'un adversaire. Mais joints une autre grâce au choix de mon trespas. Tyran, fay que mon fils y précède mes pas, Pour le voir, par sa mort, exempt de l'infamie De recevoir des loix d'une main ennemie; Vivant, de son crédit tu craindrois les effets.

Syroés.

Vos vœux sont généreux, ils seront satisfaits. Qu'il entre, Sardarigue, et remenez la reyne. Syra, sortant superbement, et en furie.

Reyne est ma qualité quand tu sçays qu'elle est vaine f Hyer, j'estois ta marastre, et je tiens à grand bien De mourir aujourd'huy pour ne t'estre plus rien.

{Elle sort avec Sardarigue et les Gardes.) Palmyras.

Donnez au desespoir ces reproches frivoles.

248 COSROES.

Syroés.

Elle est femme, elle meurt, et ce sont des paroles; Bien plus, si l'interest de mon authorité Me pouvoit espargner cette sévérité, A quoy que la vengeance avec droict me convie, Avec plaisir encor je souffrirois sa vie, Et, malgré tant d'effets de son aversion, Prefererois sa grâce à sa punition.

Palmyras.

Remettant l'interest qui touche sa personne. Un roy ne peut donner celuj de la couronne ; Et, s'il voit que l'Estat courre quelque danger. Est contraint de punir, s'il ne se veut vanger. Sa justice est le bien de toute la province; Ce qu'il pourroit sujet, il ne le peut pas prince; Et l'indulgence enfin qui hazarde un Estât Est le plus grand deffaut qu'ait un grand potentat.

Syroés.

Le voicy; tout son crime est l'orgueil d'une mère, Et mon ressentiment soutient mal ma colère.

[On amené Mardesane.)

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