‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 176 sur 183 · ACTE V, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE III

Voyés comme du sens l'ambition nous prive ; Je vous ay bien prédit ce qui vous en arrive, Et qu'il vous importoit de ne m'épargner pas, Si, de ses faux brillants goustant trop les appas, Vous vous laissiez gaigner aux conseils d'une mère Qui, pour vous trop aymer, ne vous oblige guiere. Enfin, suis-je avec droict d'un empire jaloux, Et le sceptre de Perse est-il un faix bien doux?

Mardesane.

Pour avoir pu gouster la douceur qui s'y treuve, Il en eust fallu faire une plus longue épreuve.

Syroés.

L'acceptant, vous deviez vous consulter un peu. Ne vous doutiez-vous pas qu'un sceptre estoit de feu , Et qu'y portant la main il vous seroit nuisible?

Mardesane.

En efîect, cette épreuve en vous-mesme est visible. Quand, pour l'avoir touché, vous bruslez de courroux.

Syroés.

Mais par quel droict encor vous en empariés-vous?

Mardesane.

Par droict d'obeïssance, et par l'ordre d'un père.

Syroés.

Contre un droit naturel quel père m'est contraire?

Mardesane.

Quel? le vostre et le mien qui, juge de son sang, A selon son désir disposé de son rang.

Syroés.

Il a fondé ce choix dessus vostre mérite?

Mardesane.

Je n'ay point expliqué laloy qu'il m'a prescrite.

sSo COSROES.

Syroés.

Vous exécutez mal la foy que vous donnés; Je vous la tiendray mieux que vous ne la tenés.

Généreux, j'ayme mieux avouer une offense, Que, timide et tremblant, parler en ma deffense.

Syroés.

Juste, j'ay plus de lieu de vous faire punir Que, lasche, d'un affront perdre le souvenir.

Mardesane.

Vous en vangeant, au moins vous n'aurez pas la gloire D'avoir esté prié d'en perdre la mémoire.

Syroés.

Vous avez trop de cœur !

Mardesane.

Assez pour faire voir Une grande vertu dans un grand desespoir.

Syroés, Mais il se produit tard.

Mardesane.

Assez-tost pour desplaire A qui, bruslant d'orgueil, voit braver sa colère. Si vous l'avez pu croire indigne de mon rang, Prince, vous faite injure à ceux de vostre sang. Heureux ou malheureux, innocent ou coupable, J'ay tous les sentimens dont vous estes capable; Et, quand j'espererois fleschir vostre courroux, J'ay trop de vostre orgueil pour me sousmettre à vous; L'instant que j'ay tenu la puissance supresme. Et que j'ay sur ce front senty le diadesme. M'a donné, comme à vous, des sentimens de roy, Qui ne se peuvent perdre et mourront avec moy.

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