ACTE V, SCENE IV
Mais il reste une espreuve à cette force extresme, Et c'est icy qu'il faut monstrer tout Syroés.
{A un Garde.) Garde, avec Sardarigue, amenez Cosroés.
Syroés se lève, et le Garde sort.
Atten, Garde.
Palmyras .
Seigneur, il vous est d'importance De joindre...
Syroés.
Hâ! c'est icy que cède ma constance; Qu'interdit, qu'effrayé, je ne sens plus mon rang, Et qu'en mon ennemy j'aime encore mon sang. O nature !
Palmyras.
Il s'agit d'une grande victoire.
Et rarement. Seigneur, on arrive à la gloire Par les chemins communs et les sentiers battus.
Syroés.
Hâ! j'ay trop pratiqué vos barbares vertus; Je ne puis achepter les douceurs d'un empire Aux despens de l'autheur du jour que je respire.
Pharnace.
Ce tendre sentiment vous vient hors de propos; Il faut de vostre Estât asseurer le repos,
Syroés, Je m'en desmets, cruels; régnez, je l'abandonne, Et ma teste, à ce prix, ne veut point de couronne; Mon cœur contre mon sang s'oze en vain révolter : Par force ou par amour, il s''en fait respecter. A mon père, inhumains, donnez un autre juge, Ou dans les bras d'un fils souffrez-luy un refuge.
254 COSROES.
O toy, dont la vertu mérita son amour,
Ma mère! helas! quel fruict en as-tu mis au jour!
Que n'as-tu dans mon sein causé mes funérailles,
Et fait mon monument de tes propres entrailles,
Si je dois oster l'ame et le titre de roy
A la chère moitié qui vit encor de toy !
Regnerois-je avec joie ? et, bourreau de mon père,
Aurois-je ny le Ciel, ny la terre prospère?
Pour cimenter mon throsne et m'affermir mon rang,
Tarirois-je la source où j'ay puisé mon sang?
Auroit-on de la foy pour un prince perfide
Dont la première loy seroit un parricide?
Non, non, je ne veux point d'un throsne ensanglanté
Du sang, du mesme sang dont je tiens la clarté.
J'ay creu la passion aux grands coeurs si commune,
Et, contre la nature, escouté la fortune;
J'ay fait de ma tendresse une fausse vertu;
A l'object d'un Estât, mon lasche sang s'est teu ;
Mais, au poinct qu'il luy faut sacrifier un père,
La nature se taist et le sang délibère ;
Il me presse, il me force à prendre le party
Qu'il sçait estre sa source, et dont il est sorty.
Le voicy. Dieux ! je tremble, et ma voix interdite.
En ce profond respect, sur mes lèvres hésite.
Mais qu'attends-je ?