‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 177 sur 183 · ACTE V, SCENE III. 25i · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE III. 25i

Ayant pu conserver, j'eusse eu peine à vous rendre

Le sceptre que, sujet, j'ay hésité de prendre ;

Et, roy, j'ay recognu que la possession,

Qui refroidit l'amour, accroist l'ambition.

Vous avez eu plus d'heur comme plus de naissance,

Et nous sommes tombez dessouz vostre puissance;

Mais, encor estourdy de ce grand accident.

Je garde toutefois un coeur indépendant,

Et, pour me conserver le bien de la lumière,

A vostre vanité plaindrois une prière.

Syroés.

Hé bien, Prince, la mort domptera cet orgueil.

Mardesane.

On ne peut mieux tomber du trosne qu'au cercueil ; L'ardeur de commander trop puissamment convie, Pour me la faire perdre en me laissant la vie; Un cœur né pour régner est capable de tout; Je n'excepterois rien pour en venir à bout. Pour accomplir en moy les desseins de ma mère, Pour vanger ma prison et celle de mon père. Je vous ay respecté, despoûillé de vos droits, Je consentois à peine à vous donner des loix, Et peut-estre eussay-je eu la naissance assez bonne Pour venir à vos pieds remettre ma couronne; Mais, après le party que l'on nous a formé Et le sanglant complot que vous avez tramé Au sensible mespris des droicts de la nature, Je ne vous celé point que, si quelque advanture Remettoit aujourd'huy le sceptre entre mes mains. Pour vous le rendre plus tous respects seroient vains, Et, despoùillant pour vous tous sentimens de frère, Je me ferois justice et vangerois mon père.

252 COSROES.

Voila tout le dessein que j'ay de vous toucher Et tout ce qu'à ma peur vous pouvez reprocher; J'en laisse à décider à vostre tyrannie.

Syroés.

J'inclinois à laisser vostre offence impunie ; Mais vous vous opposez avec trop de fierté Aux pieux mouvemens de cette impunité, Et mesnagés trop mal le soing de vostre teste. Ostez-le, Sardarigue.

Mardesane.

Allons, la voila preste.

Syroés.

Et, pour punir d'un temps l'orgueil desordonné Des yeux si désireux de le voir couronné, Faites ceux de Syra tesmoings de ce spectacle.

Mardesane, sortant avec Sardarigue.

Allons, règne, tyran, règne enfin sans obstacle; J'ay receu de mon père, avecques son pouvoir, Celuy d'aller trouver la mort sans desespoir.

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