‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 18 sur 183 · ACTE II, SCENE III. 3i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III. 3i

A ma confusion, ils sont plus chargez, Sire, Du faix de vos bienfaits que du faix des lauriers Que vous ont moissonnez vos illustres guerriers; Bien plus qu'eux et que moy, vostre nom est la foudre Qui tonne, estonne, frappe et réduit tout en poudre ; Dom Pedre seul, absent, porte plus de terreur Que de nos bras présents la plus chaude fureur; Et par vostre faveur tant de fois confirmée Vous me payez les prix de vostre renommée Et me recognoissez de vos propres exploits. Puisque vostre seul bruict range tout sous vos loix.

Le Roy.

Faisons qu'avec le temps l'Arragon puisse apprendre Qui de nous sçaura mieux ou recevoir ou rendre, Et qui d'affection aura mieux combattu ; Je ne me lasseray qu'après vostre vertu, Et de ce seul combat vous envieray la gloire; De celuy de Sardaigne apprenez-moy l'histoire. Donnez un siège au comte.

[Il se sied, et fait seoir D. Bernard.) D. Bernard.

A peine vos vaisseaux, Deradez, traversoient le vaste champ des eaux, Que les vents ennemis de cette humide plaine, Selon nostre besoin mesurans leur haleine, D'irritez qu'ils estoient, aussi-tost appaisez, Feirent voir le respect que vous leur imposez; Cette seiche forest eut enfin de Neptune L'inconstante faveur à tel point opportune Qu'avec un seul soleil, une nuict seulement Veid et nostre arrivée, et nostre embarquement.

L'aurore alloit sortir quand je feis prendre terre A ces Mars espagnols, ces démons de la guerre, Ces fléaux des attentats et des rebellions, Que l'honneur d'estre à vous rend autant de lions. Comme l'ardeur peut tout, jointe à l'intelligence, Le temps fut mesnagé par tant de diligence Que le camp découvert, les murs des ennemis, Avant qu'un vent de flame en eut porté l'advis, Et que de nostre abord Calaris advertie Pûst, où nous prismes port, faire aucune sortie; Nul ne gardoit l'accès de ces perfides murs, Mais, pour estre deserts,leschampsn'estoientpasseurs: Car cette ingratte ville, en ruses trop experte, Avoit d'arbres couchez la campagne couverte, Et parsemé de clouds les chemins d'alentour. Qui nous feirent besoin et d'adresse et de jour. L'un et l'autre à la fin, nous aydant le passage, Après un long travail du piège nous dégage; Et, suivant un sentier qui descend d'un costeau , A son pied verdissant nous trouvons un ruisseau Dont le trouble cristal qui sortoit d'une roche De gens qui le fouloient nous feist juger l'aproche; Là, chacun attentif, considérant les lieux. Un brillant escadron se présente à nos yeux, Dont le maintien superbe et le riche équipage. Loin de nous estonner, nous enfle le courage. Nous fait sauter de joje, et nous promet le fruict Du pénible travail de l'onde et de la nuict. Il n'est soldat si las à qui le cœur ne vole, Et qui n'ait la vigueur comme l'ame espagnole; Et presque en un instant touts nos rangs disposez Séparent les trois corps dont ils sont composez.

Page 1