‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 19 sur 183 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

Le Roy, assoupy et comme endormy.

En vain, dans cet excès de gloire et d'allégresse, Je tâche à résister au sommeil qui me presse.

D. Bernard.

L'escadron recognu, lors que pour l'investir Nostre avant-garde enfin commença de partir, Au mesme instant, des arcs de ce peuple rebelle, Nous vismes dessus nous fondre une espaisse gresle Qui, tant que piit durer un choc si violent, A leur témérité fut un rempart volant.

Il semble à cet effort que nos rangs se séparent, Mais, leurs traits épuisez, nos forces se déclarent, Et nous fondons sur eux plus prompts que les éclairs Ne nous frappent la veuë et ne percent les airs; Le plus hardy s'efîroye h ces vives alarmes. Rien ne résiste plus au torrent de nos armes. Et nous pavons le champ d'un meslange confus De bras, de pieds, de corps, d'arcs, de traicts etd'escus; Ceux, enfin, que la fuite a sauvez de l'orage, A leur ville alarmée annoncent ce naufrage; On s'y prépare au siège, on en munit le fort, Et la rébellion tente un dernier effort. Mais, Sire, ce héros, ce prodige incroyable,

[Monstrant D. Lope de Lune.)

Admirable aux vainqueurs, aux vaincus effroyable.

Des siècles à venir futur estonnement,

Et de celuy qui court la gloire et l'ornement;

{Le Koy dort.) Pour tout comprendre enfin, le grand Lope de Lune, Par une invention fameuse et non commune Qu'un Grec tenta jadis sur l'empire latin,

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A rendu vain l'effort de ce peuple mutin :

Il se tire du camp, s'estant avec courage

Découpé d'un poignard le sein et le visage,

Et dessus un coureur, qu'il rend presque aux abois,

A leurs murs arrivé, s'escrie à haute voix:

« Si chez vous la vertu peut treuver quelque azyle ,

O Sardes généreux! ouvrez-moy vostre ville ;

Si l'homme encor pour l'homme a quelque humanité,

Sauvez-moy d'un tyran et de sa cruauté. »

On ouvre à sa requeste ; il obtient audience,

Et sur l'espiit de touts gaigne tant de créance

Qu'à la teste souvent de cinq ou six d'entre-eux,

Nous venant faire au camp des deffis généreux.

En différentes fois il se feist des plus braves.

Par nostre intelligence, un tel nombre d'esclaves,

Qu'enfin touts joincts ensemble, et s'estant par moyens

Pratiqué le secours de quelques cytoyens

Par qui de ce secret je receus le message.

Dans les murs ennemis ils se firent passage,

Et Dom Lope s'acquist un renom glorieux

Qui faict revivre en luy l'esclat de ses ayeux.

Le Roy, s'csveillant.

Que dira Dom Bernard d'un si profond silence? De ce fascheux sommeil forçons la violence, Et prétons mieux l'oreille au récit des combats De qui si dignement nous a preste le bras.

D. Bernard.

Dom Raimond de Moncade a, dans cette victoire, Par des faits inouys éternisé sa gloire,

El mérite

Le Roy.

Oristan est son gouvernement.

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