‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 2 sur 183 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

D. LOPE DE LUNE, LAZARILLE, Valet de chambre.

D. LoPE.

ENFIN, cher Lazarille, un plus heureux génie Nous va de nos destins forcer la tirannie, Et ce bras l'aura mise au rang des ennemis Qu'au joug de cet Estât ses exploits ont sousmis. Dom Bernard rend au prince un digne témoignage Des fruits qu'à l'Arragon a produits mon courage, Qui fera succéder l'espoir que je bastis

10 DO M BERNARD DECABRERE

Sur la destruction des Sardes déconfis.

Oijy, j'oze, sur l'espoir que Dom Bernard me donne,

Prétendre à des degrés proches de la couronne;

Et, si l'ame est prophète en ses pressentimens,

De grands effets suivront ces nobles mouvemens,

Qui ne me flattent pas d'une faveur commune

Et me font deffier l'orgueil de la fortune.

Lazarille.

Le fatal ascendant qui gouverne vos jours Sera donc bien changé de ce qu'il fut tousjours : Car, depuis qu'à vos pas mon mauvais sort m'attache, Le malheur qui vous suit n'a guiere eu de relasche.

D. LopE.

Il est vray que jamais les destins rigoureux N'ont rendu sous le ciel de jours plus malheureux, Et que touts les revers du sort et de Fenvie Semblent pour seul objet avoir choisi ma vie. Mes plus heureux succès n'ont jamais veu ce bras Sans me couster du sang achever de combats; Mes plus justes desseins n'ont jamais eu d'issue Qui remplist mon attente ou qui ne i'ayt deceuë. Je suis encor à voir le seul et premier fruict Que jamais ou l'amour ou le jeu m'ait produit. J'esperois à la cour vaincre par ma constance De cet astre inclement la maligne influence, Quand avec Dom Bernard, Catalan comme moy, Je veins, avec mes vœux, offrir mon bras au roy, Et, comme à la valeur qui m'est héréditaire, Chercher à succéder aux emplois de mon père; Mais tousjours quelque obstacle, arrestant mes desseins. Pour moy fermoit au prince et l'oreille et les mains, Au lieu qu'une fortune à nulle autre seconde

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