‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 25 sur 183 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

D. LOPE, DOROTHÉE a la fenestre, LAZARILLE.

Dorothée, luy jeitant une lettre.

Dom Lope, cette lettre.

Qu'en vostre propre main j'ay charge de remettre, Vous invite à mesler du mjrihe à vos launers, Et des succès d'amour à vos succès guerriers ; Soyez discret; adieu; l'objet qui vous l'adresse Est d'un rang et d'un sang digne d'une maistresse. [Elle sort de la fenestre.) D. Lope, ramassant la lettre.

Veillons-nous? révons-nous? puis-je estre en mesme jour Si mal avec le sort et bien avec l'amour?

Lazarille.

Non, non, cet enragé vous estant si contraire, Quelle est la malheureuse à qui vous pourriez plaire ?

D. Lope; i7 ouvre la lettre et lit : A DoM Lope de Lune.

« Au voyage de Vas, où nous suivions le roy, « Une secrette ardeur vous engagea ma foy, « Et, vous ayant depuis conservé mon hommage, « Vous en veut aujourd'huy confier le secret. « Venez ce soir au parc, seul, fidèle et discret, « En sçavoir davantage.

« Violante. »

{Il continué.)

Violante! est-ce un songe? est-ce une illusion? De quoy me flattes-tu, chère confusion?

Violante! l'Infante, à mon sujet atteinte! O glorieux meslange et d'espoir et de crainte! Beau songe, qui promets plus que je ne prétends, Dissipe-toy bien tard, et dure moy long-temps : Je veis l'Infante à Vas, ma doute n'est point vaine; Des appas innocens n'accusons plus la haine; Si de cette princesse ils m'ont acquis les vœux, L'heur qu'ils m'ont procuré m'esleve au-dessus d'eux; Mais tirons-nous d'icy, que mon transport n'évente Les secrets mouvemens d'une ardeur imprudente, Qui pourroit ruiner le plus heureux espoir Que l'amour à mortel feist jamais concevoir.

Lazarille, le suivant.

L'Infante ! ô qu'il est vain ! ô quelle extravagance! Tant de malheur luy souffre encor tant d'arrogance! Luy, l'Infante! Un moment l'avoit bien relevé! Cherchons, cherchons party, mon maistre est achevé.

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