‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 26 sur 183 · L'INFANTE, LEONOR · texte numérisé non relu

L'INFANTE, LEONOR

L'Infante.

COMTESSE, vostre esprit trop aisément s'altère, La plus belle vertu n'est pas la plus austère; Les regards, l'entretien de modestes esbats, Exercent sa candeur, et ne l'offencent pas. Si vous n'a ymez Pâmant, souffrez-en la personne.

Leonor.

L'approche en est suspecte avec une couronne; Toute honneste qu'elle est, elle fait murmurer, Et souvent deshonore, à force d'honorer. Le roy ne peut déplaire avec toutes les marques Qui font considérer les plus parfaits monarques; Mais d'autant plus l'honneur qu'il me fait de sesvœux En jette dans les coeurs des sentiments douteux.

L'Infante.

Fonder sur des soupçons cette rigueur extrême

4i DO M BERNARD DE CABRERE.

Est bien mal ménager l'espoir d'un diadème ;

II en peut faire un jour tribut à vos appas,

Ses secrets sentiments ne s'en éloignent pas;

De moindres passions ont fait des souveraines,

Et vous estes d'un sang qui peut donner des reines.

Leonor.

Quelques si doux attraits dont on puisse éclatter, Des thrônes ne sont pas des prix à mériter. Le ridicule espoir de cet honneur insigne Le devroit rebuter, et m'en rendroit indigne; Mais vous, sur qui le Ciel répand à pleines mains Les trésors qu'il départ aux plus heureux humains, Et dont les ornements et du corps et de l'ame Jettent dans touts les cœurs le respect et la fîame; Vous dont tout le sang règne, et fait par tout des loix, C'est pour vous que l'amour a destiné des rois. La Murcie et Léon pressent avec instance. Par leurs ambassadeurs, vostre illustre alliance; Et , quelque si haut thrône où vous veuillez monter. Il sera glorieux de l'heur de vous porter.

L'Infante.

Indifférente encor, je n'épouse personne, Je laisse au roy mon frère à choisir ma couronne, Et, quoy que de mon sort ayent ordonné les Cieux, Ne prends que par ses mains, ny voy que par ses yeux.

Leonor.

Il m'est donc libre enfin de vous ouvrir mon ame, Puisque vostre froideur autorise ma flame, Et qu'encor sans dessein et sans élection, Vous pouvez approuver mon inclination; Je ne le puis nier, j'ay creu qu'en vostre grâce Dom Bernard, que j'adore, occupoit quelque place;

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