LE SECRETAIRE, LEONOR
Leonor.
Qu'est-ce, Perés ?
Le Secrétaire.
Le roy, tousjours inquiété.
S'informe à tous moments quelle est vostre santé.
Leonor, Ses seings m'honorent trop.
Le Secrétaire.
Il se plaind, il souspire, Et vous le possédez avecques tant d'empire Que toute sa splendeur n'a rien de précieux A l'égal d'un regard qu'il reçoit de vos yeux ; Ce thrône qu'aujourd'huy tout l'univers révère Est un siège où desja chacun vous considère; Et tous ses entretiens font aisément juger Des passions qu'il a de vous le partager.
Leonor.
Outre que de l'Estat les raisons importantes Au party de Navarre attachent ses attentes, Je ne sçay quel mespris stupide ou généreux, Quelque éclat qu'ait un thrône, en détourne mes vœux. Je t'ay mis à la cour, et croy sans imprudence Pouvoir sur un secret prendre ta confidence. Et, m'ozant reposer sur ta discrétion.
Intéresser tes soins dedans ma passion.
Le Secrétaire.
Si vous m'honorez tant, je chery moins la vie Que je ne feray l'heur de vous avoir servie.
Pour Cabrere, en un mot, mon cœur brusie d'amour; Mais, comme ses vertus charment toute la cour. Et qu'il treuve par tout des vœux si légitimes, Il compte encor l'Infante au rang de ses victimes, Dont le dessein du mien traversera le cours , Si ma flame en ton art ne treuve un prompt secours. Tu peux de Dom Bernard imiter l'écriture, Fay moy de son amour une vive peinture, Couches-y touts les traits dont la main d'un amant Nous peut représenter un sensible tourment.