ACTE III , SCENE VIII. 5Î
Dont l'ame généreuse à chaque instant convie Les cœurs les moins zelez au mespris de la vie, Un devoir d'amitié, d'honneur, de pieté, Nous rend solliciteurs vers Vostre Majesté. Pour...
Le Roy.
Si vous ignorez le sujet de ma haine, Vous venez mal instruicts du sujet qui vous meine ; Que l'interest d'un homme indigne de pitié N'entre point en commerce avec nostre amitié; Vous plaignez son malheur, moy, je sçay son audace. Son nom seul vous feroit encourir ma disgrâce ; S'il a lieu de vanter ses services passés, Sa dernière action les a touts effacez. Et jette sur sa foy des taches éternelles.
Le Comte.
Peut-estre un faux rapport...
Le Roy.
Mes yeux me sont fidèles; Et, juge de soy-mesme, il sçait si j'ay raison.
D. Bernard.
Est-ce une offence, Sire, indigne de pardon ?
Le Roy.
Ce n'est qu'un attentat qui s'adresse à moy-méme.
D. Bernard, bas.
C'est un traict, cher amy, de ton malheur extrême. Qui, te faisant tomber dans quelque aveugle erreur. T'a d'un prince si juste excité la fureur!
Le Roy.
Vous sçavcz. Admirai, comme en toute autre chose Vostre vouloir du mien absolument dispose; Proposez, ordonnez, prenez, faites, ostez,
En tout, pour toute loy, suivez vos volontez, Et de grâce exceptez cette seule requeste. Sans vous, son attentat luy cousteroit la teste; Seul j'en sçay l'insolence, et, sans plus m'exprimer, Tiens pour mon ennemy qui l'ozera nommer. Au reste, de Carlos les troupes insolentes. Par le pays voisin comme un foudre volantes, Ce soir mesme, au rapport de quelques espions, Prétendent s'avancer jusqu'à nos bastions; Si rencontre, Admirai, fut jamais opportune, Faites voir aujourd'huy quelle est vostre fortune; Tout l'espoir de l'Estat à vos soings est commis, Couppez avant la nuict la marche aux ennemis; De vos troupes à peine encore desarmées R'alliez sur le champ les ardeurs r'allumées. Et, parmy ce péril me conservant vos jours, Soyez ce Dom Bernard que vous estes tousjours.
D. Bernard.
Je ne me prevaudray dans aucune avanture Que de la qualité de vostre créature ; Mais j'ose me vanter, en cette qualité, Et d'un cœur invincible et d'un bras indomté.
{Le Koy s'en va, embrassant D. Bernard.)