ACTE IV, SCENE II. 6i
Si l'amitié vous fait luy remettre sa peine, A luy que j'ay surpris vous traçant son amour, Que sa main insolente osoit bien mettre au jour!' Et vostre authorité protège son audace, Après qu'à Dom Bernard j'ay refusé sa grâce.
Leonor.
Sa naissance. Seigneur, et sa condition Justifieront tousjours mon inclination; Et, croyant proposer un soupçon légitime, Vous auriez mal assis Thonneur de vostre estime. C'est une peur aussi qui ne me peut frapper, Et je prends peu de peine à vous en détromper.
Le Roy.
Ce n'est pas d'à présent, insensible, inhumaine, Que pour mes interests vous prenez peu de peine, Et que de vos rigueurs mon esprit combattu Est forcé d'exercer une austère vertu.
Leonor.
Qui peut impunément prendre toute licence Doit d'autant moins vouloir qu'il a plus de puissance Et n'acquiert touts les vœux qu'en modérant les siens : Se posséder soy-mesme est le plus grand des biens; Aux rois, non plus qu'à nous, tout n'est pas légitime.
Le Roy.
O raison incommode, importune maxime Qui, disposant de nou>, faites d'un potentat Moins un prince absolu qu''un serf de son Estât, Si vous ne permettez à des mains souveraines Un libre attachement et le choix de leurs chaisnes, Quel est donc nostre empire, et par quelles rigueurs Faut-il former des vœux où répugnent nos cœurs?
6i DOM BERNARD DE CABRERE.
Leonor.
Aussi bien que l'Estat, l'honneur a ses maximes, Qui font sans nostre hymen nos vœux illégitimes, Et l'inégalité de nos conditions N'admet ny nostre hymen ny nos affections.
Le Roy.
Ainsi donc que le mal, donnez la médecine; Pour en coupper le cours, coupez-en la racine, Et, dans l'inquiétude où je languy pour vous, Reprimez mes souhaits par le choix d'un espoux ; Pour m'os ter tout l'espoir pour qui mon cœur souspire, Faites un possesseur des faveurs où j'aspire ; Faites un homme heureux, si quelqu'un dans ma cour A des conditions dignes de vostre amour. Quelque haute splendeur dont l'éclat l'environne. En quelque illustre employ qu'il serve ma couronne, Quoy qu'il possède enfin capable de charmer. Il ne vous coustera qu'un souhait à former, Et mon mal de son bien tirera son remède.
Leonor.
Il n'est point de faveur que cette offre n'excède, Et, puis qu'il m'est permis de choisir mon vaincueur, J'oze me déclarer et vous ouvrir mon cœur : Le vol, quoy qu'eslevé, que mon amour se donne. N'a point pour but un front chargé d'une couronne, Mais un bras qui vous sert et qui s'en peut donner, Quand son ambition le voudra couronner ; Un qui veut bien dépendre, et, vassal volontaire, Sous le joug de vos loix tient le sort tributaire; Luy seul, si quelque objet peut sur ma liberté Prétendre quelque atteinte ou quelque autorité. De ce léger honneur peut flatter son attente.