‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 48 sur 183 · D. BERNARD, D. LOPE · texte numérisé non relu

D. BERNARD, D. LOPE

D. Bernard.

J'admire (mon cher Lope), et cet estonnement Me laisse sans discours et sans raisonnement , Le courroux obstiné dont le Ciel vous outrage, Et sa lenteur extrême à vous tourner visage ;

Le roy

D. Lope.

Quelque malheur dont je sois combattu, Un fort espoir renaist à ma foible vertu; En suitte de mes maux dont le torrent s'écoule, Les biens semblent comme eux me venir tout en foule ; Ce Ciel, qui me sembloit mesme plaindre le jour, S'espuise en ma faveur par les mains de l'amour; Pardonnez, admirai, si mon trop long silence Vous a de ce beau mal caché la violence. Puisque je croyois moins, par ma discrétion. Vous taire un juste espoir qu'une présomption; Mais, pouvant aujourd'huy fonder cette espérance Sur une trop solide et trop claire apparence , Je vous dois révéler cet important secret. Que je ne puis verser dans un sein plus discret. Mais, craignant d'éventer une si belle flame, Cherchons un lieu plus propre à vous ouvrir mon aine Et pouvoir modérer par vos sages advis Le transport surprenant dont mes sens sont ravis.

D. Bernard.

J'ay bien creu que du Ciel la justice future Vous devroit reserver quelque haute advanture, Et que ses jugements aussi sages que saincts Sous de si grands malheurs cachoient de grands desseins.

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