ACTE IV, SCENE VI
Si la rigueur devient la qualité des hommes,
S'ils relusent des vœux à des vœux mutuels ?
Vrayement il vous sied bien de faire les cruels,
Et vouloir vous meslerde nostre personnage ,
Vous que le Ciel n'a faits que pournous rendre hommage,
Que pour ployer le col sous nostre authorité,
Et nous faire tribut de vostre liberté !
D. LoPE.
Il paroist, par l'accueil que m'a fait Violante , Que cette qualité me seroit messeante , Et l'on redoute peu la rigueur d'un amant Qu'on ne daigne honorer d'un regard seulement.
Dorothée.
Qui manque un rendez-vous fait bien voir qu'il néglige Les plus chères faveurs dont une amante oblige.
D. LoPE.
J'ay différé d'un soir les offres de mes vœux Pour l'aller mériter par un exploit fameux ; Et, signalant mon nom en ce combat insigne, N'ay manqué de la voir que pour m'en rendre digne .
Dorothée. Je sçay bien que l'amour marche après le devoir, Vostre excuse est de mise et se peut recevoir ; Mais, pour tout reparer et voir si l'on vous aymc. Venez ce soir au parc la proposer vous-mesme. Est-ce vous témoigner un cœur assez espris, Qu'avec une faveur chastier un mespris ? Au reste, celte amour tendant à l'hymenée , Jugez de la grandeur qui vous est destinée.
D. LoPE.
Puis-je, si malheureux, n'avoir pas pour suspei t D'un astre si malin ce favorable aspect ?
Dorothée.
Elle a ce seul regret de n'estre pas pourveuë De toute la beauté qui peut charmer la veuë.
D. LoPE.
Quel plus divin objet peut enchanter les sens?
Dorothée.
Et de voir que desja l'avare faulx du temps Ait de ses plus beaux jours ravy quelque partie.
D. LopE.
Je ne puis que répondre à tant de modestie Que par tout le respect et la confusion Dont un cœur est capable en cette occasion.
Dorothée.
Elle prétend de plus, avant que le jour passe, Par un gage amoureux vous confirmer sa grâce. Lazarille avec moy viendra le recevoir.
D. LopE.
O caprices du sort, qui vous peut concevoir! Contraire il assassine, et favorable accable : D'un heur si surprenant un homme est-il capable?
Lazarille.
Avec la vanité dont vous vous paissez tous, Vous tiendrez pour affront que le Ciel pleut sur vous ; De plus puissants que vous acceptez tout sans honte.
Dorothée, à Lazarille.
Vien.
Lazarille, la suivant.
Je reviens (sic , et vous en rends bon conte.