ACTE V, SCENE II
Moy, comme la plus jeune et des plus curieusej, vl'ay voulu me charger de la commission De leur faire sçavoir vostre inclination ; Et c'estoit le sujet de mon incjuietude.
D. Bernard.
Mon plus ardent désir et ma plus chère estude Sont de servir ce sexe adorable et charmant Dont tousjours la conquesle honore en desarmant.
L'Infante.
Ces termes généraux, me laissans incertaine, Me laissent sans moyens de les tirer de peine, Et, ne nous obligeant que d'un devoir commun, Pour servir trop d'objets, vous n'en servez pas un
Vous m'ordonnez, Madame, un excez d'insolence Qu'ont assez publié mes yeux et mon silence, Et, quelque vive ardeur dont on soit enflammé, L'importance n'est pas d'aymer, mais d'estre aymé, Et fonder son espoir dessus quelque apparence.
L'Infante.
Craignez-vous de déplaire ? aymez sans espérance.
D. Bernard.
Resirainct dans ce respect je puis vous obeyr : J'ayme donc un objet que nul ne peut hayr; Qui par vos propres yeux vous a cent fois ravie, Que seule vous pouvez contempler sans envie; Qui vous contemple aussi sans en estre jaloux, Et qui n'a rien d'intime et de cher comme vous ; Un trésor préférable à toute ma fortune. Le seul soleil enfin digne de cette Lune, Qui se fait redouter par tant d'effets divers, Et qui peut en son cercle enfermer l'univers.
Par vostre sage advis souffrant sa preferance, J'ayme sans inierest, et sers sans espérance. Je voy ce clair soleil, je tremble à son aspect, L'amour pour l'amitié s'impose ce respect; L'interest de l'amy m'esloigne de l'amante. Mais le temps éteindra cette ardeur, Violante... Je l'aj nommée, adieu.
(// s'en va.]