‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 59 sur 183 · ACTE V, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE VIII

D. Bernard.

Moy certes : comme après leur longue expérience Vos maux viennent à bout de vostre patience. J'en demeure confus, et, pour leur appareil, Me treuve à bout aussi d'adresse et de conseil.

D. LoPE, comme désespéré.

Et pour ton faste encor j'exercerois mes armes, Et dans ta vanité je treuverois des charmes. Et je voudrois encor mordre à tes hameçons, Cour ingrate où l'art seul estalle ses leçons. Et qui, hors d'un amy dont la bonté sincère Luy faict avoir pour moy des sentiments de frère, N'offres, dans les malheurs dont je suis combatu, Ny secours ny soustien à ma foible vertu 1 Cour où la valeur mesme est trop favorisée Alors qu'elle est soufferte ou n'est que mesprisée! Cour, fantosme pompeux de qui les vanitez Engagent la prudence à tant de laschetez! Cour où la vérité passe pour un beau songe, Où le plus haut crédit est le prix du mensonge ; Qui n'est, à bien parler, qu'un servage doré , Un supplice agréable, un enfer adoré!

Dans tes pièges encor ma raison retenue Me pourroist arrester quand tu m'es si cognuë? Je serois insensible, et mes lâches tributs Justifieroient enfin ma honte et tes rebuts?

[Embrassant D. Bernard.] Adieu, parfaict amy, seul à qui sans caprice La cour est généreuse et le sort rend justice. Un mortel malheureux au poinct où je le suis Par une illustre mort doibt borner ses ennuys; Ou, s'il ne perd, au moins doibt cacher une vie

A tant d'indignitez et d'affronts asservie.

[Voyant Lazarille paré de l'escharpe.) Lasche, de mon affront veus-tu porter les marques?

Lazarille.

Si vous n'en espérez que de sœurs de monarques, Et si jamais d'ailleurs nous n'en devons porter, Nous avons tout loisir d'aller les mériter.

D. Bernard, voulant retenir D. Lape.

Le temps peut tout changer cependant, cher de Lune, En ma protection bornez vostre fortune; Si vous vous esloignez, vous ostez à TEstat Sa plus noble deffense et son meilleur soldat.

(D. Lope s'en va.) Ecoutez, attendez.

(// continue seul.) O fatale advanture !

De la haine du sort effroyable peinture! Et leçon importante à ceux qu'il fait puissants, De se bien soustenir en des pas si glissants I

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