ACTE I, SCENE IV. ij
Ne voila pas encor un traict de son caprice ! Voy combien de hazards m'ostent l'occasion.
Lazarille.
Je forcenne de rage et de confusion.
Le Secrétaire, au Koy, luy donnant une lettre. Sire, aux moindres faveurs qu'une muistresse envoyé, C'est trop faire achepter qu'en retarder la joye.
Le Roy, la baisant et l'ouvrant.
Cher gage d'une main pleine de tant d'appas. Me viens-tu prononcer l'arrest de mon trespas ? Ou flechiray-je enfin la fierté qui rejette Une ame assujettie au joug de sa sujette?
Lazarille.
Quelqu'un profitera du temps que vous perdes.
D. LoPE, s'avançant.
Prince, rare ornement...
Le Comte^ le faisant retirer.
Le roy lit, attendez.
Le Roy , lisant la lettre.
« Ne souillés point, grand roy, les glorieuses marques « Qui sur le reste des monarques « Font briller Vostre Majesté « Par une passion à son repos fatale « D'un indigne attentat de vostre ame royale
« Sur mon honnesteté. « J'ay trop long-temps souffert à vos ardeurs passées « Ces frivoles écrits porteurs de vos pensées ;
« Ne m'en honorez plus, a Ou, me continuant cet honneur qui m'offence, « Ne vous offencez pas, ou d'un juste silence, « Ou d'un libre refus. »
(./ dit, ne lisant plus : )
i6 DOM BERNARD DE CABRERE
O rigueur inhumaine ! ô beauté tyrannique,
Qui, causant mon amour, deffends qu'elle s'explique!
Beau, mais funeste escueil, insensible rocher!
Lazarille.
Allez.
Le Comte.
Il ne lit plus, vous pouvez approcher.
D. LoPE, s' approchant.
Enfin tu seras lasse, ô cruelle fortune. De me persécuter et de m'estre importune ; Prince, amour des climats où vous donnez la loy Et de vos ennemis la terreur et l'efîroy. Si Vostre Majesté doit treuver quelques charmes Au fidèle récit du succès de ses armes, J'oze, satisfaisant à ma commission, Me promettre l'honneur de son attention.
Le Roy lit un mot ou deux, et puis dit : Et vantons, orgueilleux, les droits d'une couronne Et le faux ascendant que son éclat nous donne : Pourrois-je obtenir moins dessous un nom privé Qu'en ce grade eminent où je suis eslevé! Une ingratte sujette à ce poinct me dédaigne !
D. Lope.
L'estat où Dom Bernard a réduit la Sardaigne Fera trembler l'Europe, et de vostre fureur Aux lieux plus écartés sèmera la terreur. Le Roy, lisant.
« Ne m'en honorés plus, « Ou, me continuant cet honneur qui m'offence, « Ne vous offencez pas ou d'un juste silence, « Ou dun libre refus. »
(// dit en suiite.)