ALEXANDRE, LE ROY, LE PRINCE
Alexandre.
Seigneur...
Le Roy.
Que voulés-Yous? Sortes.
Alexandre.
Je me retire; Mais si vous...
Le Roy.
Qu'est-ce encor ? que me vouliés-vous dire ? A quel estrange office, Amour, me reduis-tu De faire accueil au vice et chasser la vertu !
Alexandre.
Que si vous ne daignés m'admettre en ma deffense, Vous donnerés le tort à qui reçoit l'offense. Le prince est mon aisné, je respecte son rang; Mais nous ne différons ny de cœur ny de sang, Et, pour un démentir, j'ay trop...
Le Roy.
Vous, téméraire!
Vous, la main sur l'espée ! et contre vostre frère ! Contre mon successeur en mon autorité ! Implorés, insolent, implorés sa bonté, Et, par un repentir digne de vostre grâce, Mérités le pardon que je veux qu'il vous fasse. Allés, demandés-luy; vous, tendés-luy les bras.
iio VENCESLAS.
Alexandre.
Considérés, Seigneur...
Le Roy.
Ne me répliqués pas.
Alexandre, bas.
Flechirons-nous, mon cœur, sous cette humeur hautaine? Oûy, ciu degré de l'âge il faut porter la peine. Que j'ay de répugnance à ceste lascheté,
[Parlant au prince.) O Ciel! Pardonnez donc à ma témérité, Mon frère. Un père enjoint que je vous satisface; J'obeïsà son ordre, et vous demande grâce; Mais, par cet ordre, il faut me tendre aussi les bras.
Le Roy.
Dieu ! le cruel encor ne le regarde pas !
Le Prince.
Sans eux, suffit-il pas que le roy vous pardonne?
Le Roy.
Prince, encor une fois, donnez-les, je l'ordonne ; Laissez à mon respect vaincre vostre courous.
Le Prince, embrassant son frère.
A quelle lascheté. Seigneur, m'obligez-vous! Allez, et n'imputez cet excez d'indulgence Qu'au pouvoir absolu qui retient ma vengeance.
Alexandre, bas.
O nature ! ô respect ! que vous m'estes cruels!
Le Roy.
Changez ces différends en des vœux mutuels ; Et, quand je suis en paix avec toute la terre, Dans ma maison, mes fils, ne mettez point la guerre. Faites venir le duc, Infant.
[L'Infant sort.)