ACTE I, SCENE I
Partant pour cette grande et fameuse action, Vous en mistes le prix à sa discrétion. Mais, s'il n'est trop puissant pour craindre ma colère, Qu'il pense meuremeni au choix de son salaire, Et que le grand crédit qu'il possède à la cour, S'il méconnoist mon rang, respecte mon amour, Ou, tout brillant qu'il est, il luy sera frivole. Je n'ay point sans sujet lasché cette parole : Quelques bruits m'ont apris jusqu'où vont \ osdesseins; Et c'est un des sujets, Seigneur, dont je me plains.
Le Roy.
Achevés.
Le Prince.
Pour mon frère, après son insolence, Je ne puis m'emporter à trop de violence, Et de tous vos tourmens la plus affreuse horreur Ne le sçauroit soustraire à ma juste fureur. Quoy! quand, le cœur outré de sensibles atteintes, Je faits entendre au duc le sujet de mes plaintes , Et, de ses procédés justement irrité.
Veux mettre quelque frein à sa témérité, Estourdy, furieux et poussé d'un faux zèle, Mon frère contre moy veut prendre sa querelle, Et, bien plus, sur l'espée ose porter la main ! Ha ! j'atteste du Ciel le pouvoir souverain Qu'avant que le soleil, sorty du sein de l'onde, Oste et rende le jour aux deux moitiés du monde. Il m'ostera le sang qu'il n'a pas respecté , Ou me fera raison de cette indignité.
Puisque je suis au peuple en si mauvaise estime, Il la faut mériter du moins par un grand crime , Et, de vos chastimens menacé tant de fois,
io8 VENCESLAS.
Me rendre un digne objet de la rigueur des loix.
Le Roy, bas.
Que puis-je plus tenter sur cette ame hautaine? Essayons l'artifice où la rigueur est vaine , Puisque plainte, froideur, menace ny prison Ne l'ont pu, jusqu'icy, réduire à la raison.
[Il dit au Prince .) Ma créance, mon fils, sans doute un peu légère, N'est pas sans quelque erreur, et cette erreur m'est chère. Estouffons nos discords dans nos embrassements.
[Il l'embrasse.) Je ne puis de mon sang forcer les mouvements; Je luy veux bien céder, et, malgré ma colère, Me confesser vaincu par ce que je suis père. Prince, il est temps qu'enfin, sur un trosne commun, Nous ne fassions qu'un règne et ne soyons plus qu'un; Si proche du cercueiiil oîi je me voy descendre. Je me veux voir en vous renaistre de ma cendre. Et par vous, à couvert des outrages du temps. Commencer à mon âge un règne de cent ans.
De vostre seul repos dépend toute ma joye; Et, si vostre faveur jusques-là se desploye , Je ne l'accepteray que comme un noble employ Qui parmy vos sujets fera conter un roy.