ACTE II, SCENE II. i
Le Prince.
Oui, je le sçay, ciiiele, et ccgnois mon rival, Mais j'ay crû que son sort m'estoit trop inesgal, Pour me persuader qu'on dûst mettre en balance Le choix de mon amour ou de son insolence.
Vostre rang n'entre pas dedans ses qualitez, Mais son sang ne doit rien au sang dont vous sortez, Ny luy n'a pas grand lieu de vous porter envie.
Le Prince, Insolente, ce mot luy coustera la vie; Et ce fer, en son sang si noble et si vanté. Me va faire raison de vostre vanité; Violons, violons des loix trop respectées, O sagesse, ô raison, que j'ay tant consultées! Ne nous obstinons point à des vœux superflus; Laissons mourir l'amour où l'espoir ne vit plus. Allez, indigne objet de mon inquiétude, J'ay trop long-temps souffert de vostre ingratitude ; Je vous devois cognoistre, et ne m'engager pas Aux trompeuses douceurs de vos cruels appas; Ou, m'estant engagé, n'implorer point vostre aide, Et, sans vous demander, vous ravir mon remède. Mais, contre son pouvoir, mon cœur a combattu. Je ne me repens pas d'un acte de vertu ; De vos superbes loix ma raison dégagée A guery mon amour, et croit l'avoir songée ; : De l'indigne brazier qui consommoit mon cœur, Il ne me reste plus que la seule rougeur. Que la honte et l'horreur de vous avoir aimée Laisseront à jamais sur ce front imprimée. Oùy, j'en rougis, ingrate, et mon propre courous
iî4 VENCESLAS.
Ne me peut pardonner ce que j'ay fait pour vous ; Je veux que la mémoire efface de ma vie Le souvenir du temps que je vous ay servie; J'estois mort pour ma gloire, et je n'ay pas vescu Tant que ce lasche cœur s'est dit vostre vaincu ; Ce n'est que d'aujourd'liuy qu'il vit et qu'il respire, D'aujourd'huy qu'il renonce au joug de vostre empire, Et qu'avec ma raison, mes yeux et luy d'accord Détestent vostre veuë à l'égard [sic) de la mort.
Cassandre.
Pour vous en guérir, Prince, et ne leur plus déplaire, Je m'impose moy-mesme un exil volontaire. Et je mettray grand soin, sçachant ces veritez, A ne plus vous monstrer ce que vous détestez; Adieu.
(Elle s'en va.)