‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 104 sur 186 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

UN GARDE, CREON, CLEODAMAS, EPHYTE.

Le Garde.

O vertu criminelle ! ô pieté funeste.

Du mespris de la mort preuve trop manifeste!

i32 ANTIGONE.

Creon.

Qu'est-ce ? quelle nouvelle?

Le Garde.

Ha! quel est mon mal-heur, D'avoir esté commis pour instrument du leur !

Quoy! desja mon edict a trouvé des rebelles?

Le Garde.

Sire, pour faire oiiir de mauvaises nouvelles. Qu'il faut faire sur soy de violens efforts, Et qu'on a de contrainte à les mettre dehors! La princesse Antigone...

Creon.

O mal-heureuse fille, Sur qui j'establissois l'espoir de ma famille ! O race détestable et digne de son sort !

Le Garde.

Secondée, à ce soin, par la veuve du mort. Vient d'estre auprès du corps dessus l'heure surprise. De son funèbre office achevant l'entreprise; Deux de mes compagnons, qui l'amènent icj, Vous la vont présenter, et l'estrangere aussi.

Ephyte.

Le Ciel a, jusqu'au bout, versé sur cette race Disgrâce sur mal-heur et mal-heur sur disgrâce.

Creon.

O masque de vertu ! que ta fausse beauté Couvre d'hypocrisie et de desloyauté !

Quoy ! cette misérable à mon fils destinée Sur le poinct d'accomplir cet heureux hymenée. Déclare maintenant sa haine contre moy, Son refuge, son oncle, et son père, et son roy.

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