‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 105 sur 186 · LE TROISIÈME GARDE, ANTIGONE · texte numérisé non relu

LE TROISIÈME GARDE, ANTIGONE

ARGIE, MENETE.

Creon.

Voyez quelle asseurance en cet œil effronté! Quel superbe maintien et quelle égalité ! D'un seul signe d'effroy ce front est-il capable? Qui de nous semble mieux le juge ou le coupable? Parle, t'a-t'on surprise en ce fatal devoir Qui si visiblement contredit mon pouvoir?

Antigone.

Non, on m'a prise, Sire, on ne m'a pas surprise. On ne sçauroit surprendre en si juste entreprise.

Argie.

J'ay seule transgressé cet arrest inhumain ; Sire, elle n'a rien fait que me prester la main.

Menete.

C'est à moy, Sire, à moy qu'en est deu le supplice;

i34 ANTIGONE.

Je suis autheur de tout, elle n'est que complice.

Creon.

Et ne sçaviez-vous pas que cet acte, en effet, Estoit contrevenant à l'airest que j'ay fait?

Antigone.

Je n'en pouvois douter, puis qu'aucun ne l'ignore.

Argie.

Oùj, je le sçavois bien.

Menete. Et moy mieux qu'elle encore.

Vous faisiez donc vertu de transgresser mes loix?

Antigone.

Oûj, pour servir les dieux, qui sont plus que des roys.

Argie.

Pour faire honneur au Ciel au mespris de la terre.

Menete.

Et pour donner aux morts la paix après la guerre.

Creon.

Et tous pour mériter un rigoureux trespas.

Antigone.

Qu'il vienne.

Argie.

Il tarde trop.

Menete.

Je n'y recule pas.

Creon.

O folle pieté, qui d'une mesme audace Fit la rébellion et reçoit la menace !

Antigone.

Je mets le plus haut throsne au dessous des autels, Et révère les dieux sans égard des mortels;

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