XXII R O T R O U
OÙ l'on trouve des situations originales, je note ce vers d'une concision éloquente :
La justice irritée ouvre tard ses abîmes.
Clorinde et Amélie sont de i636. C'est Vannée du CiD. Arrêtons-nous un moment à cette date importante pour la scène française et pour P\.otrou lui-même. A cette époque, Jean de Rotrou, avocat en parlement, habitait Paris et y vivait du produit de ses ouvrages. Nous empruntons au dictionnaire de Jal deux actes trouvés parmi de vieilles minutes, dans les archives de M. Galin, notaire à Paris, qui contiennent des détails curieux sur sa vie d'alors et sur la vente de ses pièces. Voici le premier, il est de i636 :
ce Fut présent noble homme M^ Jean de Koîrou, advocat en la cour de Parlement, demeurant à Paris, aux Marets ■ du Temple, rue Neuve Sainct-François, paroisse de Sainct-Gervais , lequel a reconnu avoir vendu à honorables hommes Antoine de Sommaville et Toussainct Quinet, marchans libraires, bourgeois de Paris, y demcurcmt, sçavoir, ledict Sommaville, rue de la Pelleterie, paroisse Sainct-Jacques de la Boucherie, et ledict Quinet, rue Sainct-Jacques, paroisse de Sainct-Severin, les coppies en bonne forme de quatre pièces de théâtre de la composition du.dit sieur Kotrou, intitulées : l'une les
I. Scarron écrit aussi Mareiz, et ce n'est pas toujours pour rimer aux yeux comme dans les vers cilés par Littré (Dictionnaire). On trouve la même orthographe dans le Roman comique (éd. Jouaust, t. I, p. 76).
ROTROU xxm
Menœgmes [sic) DE Pl.vute, autre la Céliane, antre la CÉLiMÈNE et autre /'Amélie, pour icelles imprimer ou faire imprimer par lesdids Sommaville et Quinct, vendre et débiter à leur profpct, en obtenir à leurs frais le privilège de Sa Majesté pour les temps qu'ils pourront
Cette vente faite moyennant la somme de sept cent cinquante livres tournois » ( 1 1 mars i636j, s/g/?e'; A. de Sommaville, ctc
Le second document est de i63-j :
« Jean Kotrou^ avocat en parlement [même demeure que dans V acte précédent] , vend à Sommaville, dix pièces de sa composition, intitulées : une la Pèlerine amoureuse, l'Heureux Naufrage, l'Innocente Infidèle, Grisante^ le Filandre, la Florimonde, Calpède, l'A-
GESILAUS [sic) DE COLCHOS, LES DeUX PuCELLES DE CER- VANTES et LES Sosies, pour icelles pièces imprimer par ledict de Sommaville, sçavoir : les six premières susdéclarées toutes fois et quantes que bon lui semblera et les quatre autres : /'Alfrède et TAgesilaus de Colchos, dans six niois prochains, les Deux Pucelles et les Sosies, dans
six mois d'huy , moyennant la somme de quinze
cents livres tournois » (17 janvier 1687), signé : Ko-
trou et A. de Sommaville, etc
Parmi les pièces emmurées dans le dernier acte de vente, figure la Florimonde, que Viollet-Le-Duc avait placée Cl tort en i635. « Cette comédie, dit-il dans la notice qui précède la pièce, est tout à fait dans le genre des premières pièces de Kotrou ; elle offre même quelques ressemblances avec ccUe de Filandre, qui fait partie du second volume de cette édition, et l'on ne croi-