‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 123 sur 186 · ACTE V, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE V

Cleodamas.

Aveugle, sçavez-vous que vous parlez au roy?

Tyresie.

Puis que je Pay fait tel, j'ay droit de le cognoistre. Plus aveugle est que moy tel qui ne croit pas l'estre.

Creon.

C'est bien vous emporter pour un esprit si sain.

Tyresie.

Enfin, je diray plus que je n'avois dessein.

Creon.

Parlez, car il importe au gain de vostre vie.

Tyresie.

Bien plus vostre interest que le mien m'y convie , Et vous Tallez apprendre, avant que le soleil Laisse en nostre horison la nuict et le sommeil ; Vous verrez des effets du mal-heureux augure Qui m'a si clairement marqué vostre advanture : Le frère mort, privé des honneurs du cercueil, La sœur vive enterrée et tout le peuple en dueil Appellent, d'une voix qui ne sera pas vaine, La justice du Ciel sur l'injustice humaine : La mort de vostre fils, ce prince aimé de tous, Sera le premier fléau qui tombera sur vous ; D'effroyables remors, mégères éternelles.

Invisibles bourreaux des âmes criminelles, Vous persécuteront jusqu'aux derniers abois ; Et, s'il faut mettre hors tout ce que je prévois. Un bras victorieux, que vostre crime attire, Vous va bien tost ravir et la vie et l'empire. Mais qu'en vous ce discours n'excite aucun soucy , Et croyez que le gain me fait parler ainsi.

ï58 ANTIGONE.

Marche, enfant, je luy laisse en ce triste présage Assez d'instruction pour en devenir sage.

(Creon demeure interdit.)

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