‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 127 sur 186 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

HEMON, ANTIGONE, ISMENE.

Hemon, prés du corps d'Antigone, dans le tombeau de la roche.

Beau corps, sacré débris du chef-d'œuvre des cieux, Beau reste d'Antigone, ouvrez encor les yeux ; Jeune soleil d'amour esteint en ton aurore, Bel astre, honore-moy d'un seul regard encore Avant que je te suive en la nuict du tombeau. Tu crains, tu crains de voir le fils de ton bourreau ; Le cœur plus que l'oreille est sourd à ma prière. Ton amour s'est esteint avecques ta lumière ; C'est en vain qu'aux enfers je vay suivre tes pas , Tes mânes offensez ne m'y souffriront pas. Autant que tu m'aymois, tu me seras contraire, Tu puniras le fils des cruautez du père ; Je n'avance à mourir, non plus qu'à différer, Et, ny vivant ny mort, je n'ay plus qu'espérer. Mais, Madame, arrestez ces inutiles larmes Et contez-moy sa mort. Où prist-elle des armes?

ISMENE

Le soir qu'elle partit pour ce pieux dessein. Elle tenoit caché ce poignard dans son sein, Pour demeurer, par luy, maistresse d-? sa vie,

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