ACTE V, SCENE VIII. i6i
S'il devoit arriver qu'elle en fust poursuivie. A ce coup vainement j'ay voulu résister, Je ne l'ay diverty, ny n'ay pu l'éviter : Le sang qu'elle a versé l'embellit et me tache, Il l'a peint généreuse et me tesmoigne lâche; Vous l'offensez, au reste, et soupçonnez à tort Que son affection soit morte par sa mort ; Elle sçait à quel poinct sa fortune vous touche. Avec le nom d'Hemon elle a fermé la bouche : C'est un nom qu'elle emporte au delà du trespas, Et que dans l'oubly mesme elle n'oubliera pas.
Hemon.
Allons donc, mon amour, oix la sienne m'invite, Payons-luy cet honneur qui passe mon mérite. Ah ! s'il plaisoit aux dieux que, pour mourir cent fois, Je pusse à ce beau corps rendre l'ame et la voix. Que d'un si bel effet je benirois les causes! J'entrerois dans les feux comme en un lit de roses; Le plus amer poison et le plus furieux Passeroit, à mon goust, pour breuvage des dieux; Je me délasserois parmy les précipices.
Et dans le seul repos trouverois des supplices. Mais, depuis qu'une vie est tombée en tes mains, O mort, pour la ravir tous nos efforts sont vains : Ce butin t'est trop cher, et j'ay tort si j'espère Que tu rendes au fils ce que tu tiens du père. Sourde, tiens donc encor de ce dénaturé Le butin qu'il t'envoye et qu'il t'a procuré ; Mais espargne ta faux, puis qu' ô prodige extrême ! La nature aujourd'huy se destruit d'elle-même : Les plus proches parens sont les plus ennemis, Le frère hait le frère, et le père le fils,
xS2 ANTIGONE.
L'oncle au sang de sa niepce avec plaisir se noyé , Et tous font ton office et te chargent de proye.
(// veut tirer son espée, Ismene le retient.)
ISMENE
Hé! que feray-je, Hemon? ne m'abandonnez pas.