‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 130 sur 186 · ACTE V, SCENE IX. i6S · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IX. i6S

Creon.

Barbare, achevé donc, achevé ton dessein, Le coup est imparfait s'il ne passe en mon sein. Et tu ne meurs pas tout si le jour me demeure.

Hemon.

Bien-tost, bien-tost le Ciel vous marquera vostre heure ; Cruel, ne doutez pas que son bras tout-puissant Ne s'arme tost ou tard pour le sang innocent : Le temps vous apprendra que jamais tyrannie Sur le throsne thebain ne demeure impunie ; Croyez que Cadme, Laye, Œdipe et ses enfans Ne vous ont, en leur sort, précédé que du temps. Quand des dieux Tyresie annonçoit la pensée , Elle parloit à vous, non pas à Menecée ; La race de Python ne cessera qu'en vous, C'est sur vous que du Ciel doit tomber le courroux ; Mais puissent estre vains les maux qu'il vous prépare, Qu'il vous soit aussi doux que vous m'estes barbare : A ma fureur encor quelque respect est joint, Et je seray content qu'il ne me venge point. Toy, qui me fus ravie aussi-tost que donnée, Vertueuse beauté, princesse infortunée !

Allons, unis d'esprit, sans commerce de corps, Achever nostre hymen en l'empire des morts.

(// meurt sur Antigone.) Creon, tombant évanoûy.

O mort! joints mon trespas aux effets de ma rage! Sorts, mon ame, et mets fin à ce tragique ouvrage !

Ephyte.

Il tombe évanoûy, sans force et sans chaleur : Tu devois, vain regret, précéder ce mal-heur.

Cleodamas.

O Ciel! qu'aux chastimens ta justice'est severe, Et qu'il est dangereux d'exciter ta colère !

ISMENE

Lâche, ne puis-je donc faire un dernier effort? Mourray-je mille fois pour la peur d'une mort?

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