‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 140 sur 186 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Le théâtre s'ouvre.

GENEST, s'habillant et tenant son roole ; LE DECORATEUR.

Genest considère le théâtre et dit au Décorateur :

IL est beau, mais encor, avec peu de dépense, Vous pouviez adjoûter à sa magnificence. N'y laisser rien d'aveugle, y mettre plus de jour, Donner plus de hauteur aux travaux d'alentour, En marbrer les dehors, en jasper les colomnes. Enrichir leurs timpans, leurs cimes, leurs couronnes, Mettre en vos coloris plus de diversité, En vos carnations plus de vivacité, Drapper mieux ces habits, reculer ces paysages, Y lancer des jets d'eau, renfondrer leurs ombrages. Et sur tout en la toile où vous peignez vos cieux Faire un jour naturel au jugement des yeux, Au lieu que la couleur m'en semble un peu meurtrie.

i82 SAINT GENEST.

Le Décorateur.

Le temps nous a manqué plûtost que l'industrie; Joint qu'on voit mieux de loin ces racourcissemens, Ces corps sortant du plan de ces refondremens; L'approche à ces desseins oste leurs perspectives, En confond les faux j ours, rend leurs couleurs moins vives, Et, comme à la nature, est nuisible à nostre art A qui l'éloignement semble apporter du fard. La grâce une autre fois y sera plus entière.

Genest.

Le temps nous presse, allez, préparez la lumière.

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