NATALIE, SEULE
J'ose à présent, ô Ciel, d'une veuë asseurée ,
Contempler les brillans de ta voûte azurée.
Et nier ces faux dieux, qui n'ont jamais foulé
De ce palais roullant le lambris étoillé.
A ton pouvoir, Seigneur, mon espoux rend hommage ;
Il professe ta foy, ses fers t'en sont un gage;
Ce redoutable fléau des dieux sur les chrestiens.
Ce lyon altéré du sacré sang des tiens,
Qui de tant d'innocens crût la mort légitime.
De ministre qu'il fut, s'offre enfin pour victime.
Et, patient agneau, tend à tes ennemis
Un col à ton sainct joug heureusement soumis.
Rompons, après sa mort, nostre honteux silence,
De ce lâche respect forçons la violence ,
Et disons aux tyrans, d'une constante voix.
Ce qu*à Dieu du penser nous avons dit cent fois.
Donnons air au beau feu dont nostre ame est pressée;
En cette illustre ardeur mille m'ont devancée;
D'obstacles infinis mil ont sceu triomfer,
Cécile des tranchants, Prisque des dents de fer,
Fauste des plombs boûillans, Dipne de sa noblesse,
Agathe de son sexe, Agnès de sa jeunesse,
Tecie de son amant, et toutes du trépas;
Et je repugnerois à marcher sur leurs pas !
[Elle r'cntrc.)