‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 164 sur 186 · NATALIE, ADRIAN · texte numérisé non relu

NATALIE, ADRIAN

Adrian, la voulant embrasser.

Enfin, chère moitié...

Natalie, se retirant et luy fermant la porte.

Comment , seul, et sans fers ?

Est-ce là ce martyr, ce vainqueur des enfers, Dont l'illustre couras^e et la force infinie De ses persécuteurs bravoient la tyrannie?

Adrian.

Ce soupçon, ma chère ame!

2i8 SAINT GENEST.

Natalie.

Après ta lâcheté , Va, ne me tiens plus, traistre, en cette qualité; Du Dieu que tu trahis je partage l'injure. Moy, Tame d'un payen ! moy, l'ame d'un parjure! Moy, l'ame d'un chrestien qui renonce à sa loyl D'un homme enfin sans cœur, et sans ame, et sans foy !

Adrian.

Daigne m'entendre, un mot !

Natalie.

Je n'entends plus un lâche Qui dés le premier pas chancelle et se relâche, Dont la seule menace ébranle la vertu , Qui met les armes bas sans avoir combattu; Et qui, s'estant fait croire une invincible roche, Au seul bruict de l'assaut, se rend avant l'approche. Va, perfide, aux tyrans à qui tu t'es rendu Demander lâchement le prix qui t'en est deu. Que l'espargne romaine en tes mains se desserre; Exclus des biens du Ciel, songe à ceux de la terre ; Mais, parmy ses honneurs et ses rangs superflus. Compte moy pour un bien qui ne t'appartient plus.

Adrian.

Je ne te veux qu'un mot , accorde ma prière.

Natalie.

Ha! que de ta prison n'ay-je esté la geôlière ! J'aurois souffert la mort avant ta liberté. Traistre, qu'esperes-tu de cette lâcheté? La cour s'en raillera; ton tyran, quoy qu'il die, Ne sçauroit en ton cœur priser ta perfidie; Les martyrs, animez d'une saincte fureur,

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