NATALIE, ADRIAN
Adrian, la voulant embrasser.
Enfin, chère moitié...
Natalie, se retirant et luy fermant la porte.
Comment , seul, et sans fers ?
Est-ce là ce martyr, ce vainqueur des enfers, Dont l'illustre couras^e et la force infinie De ses persécuteurs bravoient la tyrannie?
Adrian.
Ce soupçon, ma chère ame!
2i8 SAINT GENEST.
Natalie.
Après ta lâcheté , Va, ne me tiens plus, traistre, en cette qualité; Du Dieu que tu trahis je partage l'injure. Moy, Tame d'un payen ! moy, l'ame d'un parjure! Moy, l'ame d'un chrestien qui renonce à sa loyl D'un homme enfin sans cœur, et sans ame, et sans foy !
Adrian.
Daigne m'entendre, un mot !
Natalie.
Je n'entends plus un lâche Qui dés le premier pas chancelle et se relâche, Dont la seule menace ébranle la vertu , Qui met les armes bas sans avoir combattu; Et qui, s'estant fait croire une invincible roche, Au seul bruict de l'assaut, se rend avant l'approche. Va, perfide, aux tyrans à qui tu t'es rendu Demander lâchement le prix qui t'en est deu. Que l'espargne romaine en tes mains se desserre; Exclus des biens du Ciel, songe à ceux de la terre ; Mais, parmy ses honneurs et ses rangs superflus. Compte moy pour un bien qui ne t'appartient plus.
Adrian.
Je ne te veux qu'un mot , accorde ma prière.
Natalie.
Ha! que de ta prison n'ay-je esté la geôlière ! J'aurois souffert la mort avant ta liberté. Traistre, qu'esperes-tu de cette lâcheté? La cour s'en raillera; ton tyran, quoy qu'il die, Ne sçauroit en ton cœur priser ta perfidie; Les martyrs, animez d'une saincte fureur,