‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 165 sur 186 · ACTE IV, SCEN E IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCEN E IV

En rougiront de honte et frémiront d'horreur ;

Contre toy, dans le ciel, Christ arme sa justice ;

Les ministres d'enfer préparent ton supplice,

Et tu viens, rejette de la terre et des Cieux,

Pour me perdre avec toy, chercher grâce en ces lieux ?

(Elle sort furieuse, et dit en s'en allant : ) Que feray-je, ô Seigneur! Puis-je souffrir sans peine L'ennemy de ta gloire et l'objet de ta haine? Puis-je vivre, et me voir, en ce confus estât, De la sœur d'un martyr, femme d'un apostat, D'un ennemy de Dieu, d'un lâche, d'un infâme?

Adrian.

Je te vais détromper; où cours-tu, ma chère amc ?

Natalie.

Ravir dans ta prison, d'une mâle vigueur, La palme qu'aujourd'huy tu perds faute de cœur,

Y joindre les martyrs, et, d'une saincte audace. Remplir chez eux ton rang et combattre en ta place,

Y cueillir les lauriers dont Dieu t'eût couronné, Et prendre au Ciel le lieu qui t'estoit destiné.

Adrian.

Pour quelle défiance alteres-tu ma gloire? Dieu toujours en mon cœur conserve sa victoire; Il a receu ma foy, rien ne peut l'ébranler, Et je cours au trépas, bien loin d'en reculer. Seul, sans fers, mais armé d'un invincible zele. Je me rends au combat où l'empereur m'appelle; Mes gardes vont devant, et je passe en ce lieu Pour te tenir parole et pour te dire adieu. M'avoir osté mes fers n'est qu'une vaine adresse Pour me les faire craindre et tenter ma foiblesse ; Etmoy, pour tout effet de ce soulagement.

Xta SAINT GENEST.

J'attends le seul bon-heur de ton embrassement. Adieu, ma chère sœur, illustre et digne femme, Je vais par un chemin d'épines et de flâme, Mais qu'auparavant moy Dieu luy-mesme a battu. Te retenir un lieu digne de ta vertu. Adieu, quand mes bourreaux exerceront leur rage, Implore-moj du Ciel la grâce et le courage De vaincre la nature, en cet heureux malheur. Avec une constance égale à ma douleur.

Natalie, l'embrassant.

Pardonne à mon ardeur, cher et généreux frère, L'injuste impression d'un soupçon téméraire, Qu'en l'apparent estât de cette liberté, Sans gardes et sans fers, tu m'avois suscité : Va, ne relâche rien de cette saincte audace Qui te fait des tyrans mépriser la menace ; Quoy qu'un grand t'entreprenne, un plusgrand est pourtoi; Un Dieu te soutiendra, si tu soutiens sa foy. Cours, généreux athlète, en l'illustre carrière Où de la nuict du monde on passe à la lumière ; Cours, puis qu'un Dieu t'apelle aux pieds de son autel, Dépouiller sans regret l'homme infirme et mortel; N'épargne point ton sang en cette saincte guerre; Prodigues-y ton corps, rends la terre à la terre. Et redonne à ton Dieu, qui sera ton appuy, La part qu'il te demande, et que tu tiens de luy ; Fuy sans regret le monde et ses fausses délices, Où les plus innocens ne sont point sans supplices. Dont le plus ferme estât est toujours inconstant, Donti'estre etlenonestreontpresque unméme instant, Et pour qui toutefois la nature aveuglée Inspire à ses enfans une ardeur déréglée

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