ACTE V, SCENE V
En ce commun bonheur, rallegiesse commune
Marque vostre vertu plus que vostre fortune,
Et fait voir qu'en l'honneur que je vous ay rendu
Je vous ay moins payé qu'il ne vous estoit deu.
Les dieux, premiers autheurs des fortunes des hommes,
Qui dedans nos Estats nous font ce que nous sommes,
Et dont le plus grand roy n'est qu'un simple sujet,
Y doivent estre aussi nostre premier objet;
Et sçachant qu'en effet ils nous ont mis sur terre
Pour conserver leurs droicts,pour régir leur tonnerre,
Et pour laisser enfin leur vengeance en nos mains.
Nous devons sous leurs loix contenir les humains;
Et nostre authorité, qu'ils veulent qu'on révère ,
A maintenir la leur n'est jamais trop severe.
J'esperois cet effet, et que, dans ce trépas,
Du reste des chrestiens r'adresseroient les pas;
Mais j'ay beau leur offrir de sanglantes hosties,
Et laver leurs autels du sang de ces impies.
En vain j'en ay voulu purger ces régions.
J'en voy du sang d'un seul naistre des légions ;
Mon soin nuit plus aux dieux qu'il ne leur est utile,
Un ennemy défait leur en reproduit mille,
Et le caprice est tel, de ces extravagans.
Que la mort les anime et les rend arrogans.
Genest, dont cette secte aussi folle que vaine
A si long-temps esté la risée et la haine ,
Embrasse enfin leur loy contre celle des dieux ,
Et l'oze insolemment professer à nos yeux;
Outre l'impiété, ce mépris manifeste
Mesle nostre interest à l'interest céleste ;
En ce double attentat, que sa mort doit purger,
Nous avons et les dieux et nous mesme à venger.
Maximin.
Je croy que le prefect, commis à cet office, S'attend aussi d'en faire un public sacrifice, D'exécuter vostre ordre, et de cet insolent Donner ce soir au peuple un spectacle sanglant. Si déjà, sur le bois d'un théâtre funeste , Il n*a représenté l'action qui luy reste.