ACTE V, SCENE VI
Je n'ay pu dénier cet office à leurs larmes, Où je n'oze insister, si ma témérité Demande une injustice à Vostre Majesté.
DiOCLETIAN.
Je sçay que la pitié plûtost que l'injustice
Vous a fait embrasser ce pitoyable office.
Et, dans tout cœur bien né, tiens la compassion
Pour les ennemis mesme une juste action ;
Mais où rirreverence et l'orgueil manifeste
Joint l'interest d'Estat à l'interest céleste,
Le plaindre est (au mépris de nostre authorité)
Exercer la pitié contre la pieté.
C'est d'un bras qui l'irrite arrester la tempeste
Que son propre dessein attire sur sa teste,
Et d'un soin importun arracher de sa main
Le couteau dont luy-mesme il se perce le sein.
Marcele. Ha! Seigneur, il est vray; mais de cette tempeste Le coup frappe sur nous, s'il tombe sur sa teste ; Et le couteau fatal, que l'on laisse en sa main, Nous assassine tous en luy perçant le sein.
Octave.
Si la grâce. Seigneur, n'est deuë à son offence, Quelque compassion l'est à nostre innocence.
Flavie.
Le fer qui de ses ans doit terminer le cours Retranche vos plaisirs en retranchant ses jours. Je connois son mérite, et plains vostre infortune ; Mais, outre que l'injure, avec les dieux commune , Interesse l'Estat à punir son erreur, J'ay pour toute sa secte une si forte horreur
Que je tiens tous les maux qu'ont souffert ses complices,
Ou qu'ils doivent souffrir, pour de trop doux supplices ;
En faveur toutesfois de l'hymen fortuné
Par qui tant de bon heur à Rome est destiné ;
Si par son repentir, favorable à soy-mesme ,
De sa voix sacrilège il purge le blasphème,
Et reconnoist les dieux aulheurs de l'univers ,
Les bras de ma pitié vous sont encore ouverts.
Mais voicy le prefect , je crains que son supplice
N'ait prévenu l'effet de vostre bon office.