‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 28 sur 186 · DUC DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

DUC DE RICHELIEU

ODE

Filles à Richelieu si chères, Muses, chastes sœurs du Soleil, Priez cet astre sans pareil D'ouvrir l'oreille à mes prières.

En cette agréable saison Où les fleurs rompent la prison De l'élément qui les enserre.

Il peut faire, par ses chaleurs, A mon esprit comme à la terre Produire de nouvelles fleurs.

Ses forces ne sont pas bornées Par les estez et les hyvers.

Il n'est pas moins père des vers Que des saisons et des années.

Sa vertu s'estend plus avant Qu'à donner des joiiets au vent Et faire des fleurs et des herbes.

C'est elle qui faict les métaux;

ODE

Et les Ronsards et les Malherbes Se content parmy ses travaux.

Mais toy, grand démon de la France, Autre soleil de nostre temps.

Qui donnes d'un si beau printemps Une si parfaicte espérance, Richelieu, rare effort des deux.

Juste estonnement de ces lieux.

Si tu daignes prendre la peyne De jetter un regard sur moy.

Quel Apollon peut à ma veyne Estre plus Apollon que toy ?

Pour toy, grand duc, elle est ouverte, C'est pour toy qu'elle veut couler; Ma nef, commençons de cingler, Puisque nostre Ourse est descouverte.

Je sçay bien que sur cette mer Il est malaisé de ramer :

Aussy n'est-il point de voyage Qui mérite un si grand effort.

Et nous ferons un beau naufrage.

Ou nous trouverons un beau port.

Tel qu'on voit en son ecliptique Le brillant prince des saisons, Le long de ses douze maisons Continuant sa course oblique (Quoy que son char n'arreste point), Ne passer d'un pas ny d'un point Les espaces de sa carr':re. Et recevoir si constamment Du lieu d'où luy vient sa lumière Les règles de son mouvement.

Tel on voit ton sçavant génie Au service de nostre roy Conduire d'une es gale foy Toutes les choses qu'il manie.

ODE

On ne voit sa sincérité Gauchir d'un ny d'autre costc, Quoy que jamais il ne repose.

Et dans ses travaux inouys L'unique but qu'il se proposa Est la volonté de Louis.

Tes pas restraints en ces limites

Ne sçavent point d'autre sentier ;

là tu mets ton esprit entier,

Là tu bornes tous tes mérites.

Là sont par les dif^cultez

Tes hauts desseins sollicitez;

Là ton ardeur rompt touts obstacles.

Et produit de si grands effets.

Que qui ne croit point aux miracles

Doit douter de ce que tu faits.

Ceux qu'on a veu de nostre barque Devant toy régir le timon Ont aussy peu laissé de nom Que leur vertu laissa de marque.

Ou leur zèle s'est trouvé faux.

Ou leur sçavoir eut des defaux. Et tous ont joint si peu de gloire A la beauté des fleurs de lys Qu'ils furent, eux et leur mémoire.

En mesme jour ensevelys.

Mais, Armand, loing de complaisance.

Quels éloges n'ont mérité Et ton extrême probité Et ton extrême suffisance ?

Jusqu'où n'a-t'on veu ton ardeur De nos lys estendre l'odeur.

Et qui de leurs tiges sacrées Peut si loing que toy repousser L'insolent souffle des Borées Qui taschent de les renverser?

ODE

O combien du siècle où nous sommes Seront de siècles envieux !

Sois-tu de la race des dieux.

Ou sois-tu de celle des hommes.

Que les grands succez de tes soins Ont d'irréprochables tesmoins !

Que ta gloire est haut establie !

Et que le vieux père des ans.

Avant qu'il face qu'on t'oublie.

Dévorera de ses enfans !

Je sçay bien que nos maladies N'ont pas encor atteint leur fin, Et que nostre mauvais destin Médite encor des tragédies.

Mais, si tu nous veux conserver.

Il ne les sçauroit achever.

Et, quelque mal qui nous assaille.

Nous ne pouvons avec raison Où tel Esculape travaille Douter de nostre guerison.

Il n'est force qui ne succombe Quand elle nous voudra heurter :

Quelque foudre peut esclater.

Mais tu ne crains pas qu'elle tombe. Outre que nos moindres guerriers Sont couverts de trop de lauriers Pour appréhender le tonnerre, Les grands appareils que tu faicts Sont des menaces à la guerre Du proche retour de la paix.

Quel plus beau séjour que la France Alors pourra charmer les yeux !

Et combien luy viendra des deux Et de repos et d'abondance !

L'Hyver, courant d'un pas léger , De peur de la desobliger , N'y tiendra qu'un mois son empire.

ODE

Après renaistront les beaux jours , Et nous verrons cinq mois Zephirc En Ventreiien de ses amours.

De l'or d'une perruque blonde La terre en fin se parera^ Toute grosse qu'elle sera De l'aliment de tout le monde ; Et, lors que pour se soulager Elle se voudra descharger.

Nous n'aurons arbre ny javelle D'où ne tombent tant de trésors.

Qu'à peyne encor soustiendra-t'elle Tout ce qu'elle aura mis dehors.

Bien-tost de tes ardentes veilles

Nous naistra ce siècle doré.

Où tu seras considéré

Comme autheur de tant de merveilles.

Lors d'un long bruit en ta faveur.

Poussé d'une sainte ferveur,

Ta litière sera suivie.

Et, si le Ciel entend nos voeux.

Il te conservera la vie

Pour le siècle de nos neveux.

O toy, puissance tutelaire.

Qui, mise de la main de Dieu

A la garde de Richelieu,

Portes le flambeau qui l'esclaire,

Saint ministre qui tiens chez luy

La mesme place qu'aujourd'huy

Il occupe en cette province,

Sauve-le de tout accident.

Puis qu'il n'est mal-heur où mon prince

Peust tant perdre qu'en le perdant.

ACTEURS

HERCULE

DEJANIRE; femme d'Hercule.

lOLE, maistresse d'Hercule.

LUSCINDE, suivante de Dejanire.

ARSIDÉS, esclave d'Arcas.

ARCAS, amy d'Iole.

PHILOCTETTE, ) ^, ,,„ ,

5 confidens d Hercule.

AGIS, j

ALCMENE, mère d'Hercule.

LICHAS, valet de Dejanire.

HERCULE

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