SCENE PREMIERE
HERCULE
PUISSANT moteur des cieux, ferme appuy de la terre, Seul estre souverain, seul maistre du tonnerre, Gouste enfin, roy des dieux, le doux fruict de mes faits, Qui par tout l'univers t'ont estably la paix; J'ay d'entre tes subjects la trahison banie, J'ay des rois arrogans puny la tyranie. Et rendu ton renom si puissant et si beau Que le foudre en tes mains n'est plus qu'un vain fardeau. Des objects de ton bras le mien est l'homicide, Et tu n'as rien à faire après les faits d'Alcide;
Tu n'as plus à tonner; et le ciel toutefois
M'est encor interdit après tous ces exploicts.
Paroy-je encor un fils indigne de mon père?
Junon n'a-t'elle pas assouvy sa colère?
N'a-t'elle point assez, par son aversion,
Fait paroistre ma force et mon extraction?
N'ay-je pas souz mes loix asservy les deux pôles?
Et celuy dont le ciel charge tant les espaules,
Et sur qui ce fardeau repose pour jamais,
Ne me peut-il porter avec ce rude fais?
Ainsi que mes exploicts, rends ma gloire parfaite;
La Parque t'a remis le soin de ma défaite,
Et, de quelques efforts qu'elle attaque mes jours,
L'impuissante qu'elle est n'en peut borner le cours
L'air, la terre, la mer, les infernales rives.
Laissent enfin ma vie et mes forces oysives ;
Et, voyant sans effect leurs monstres abbatus.
Ces foibles ennemis n'en reproduisent plus.
Père de la clarté, grand astre, ame du monde,
Quels termes n'a franchis ma course vagabonde?
Sur quels bords a-t'on vu tes rayons estalez
Où ces bras triomphans ne se soient signalez?
J'ay porté la terreur plus loing que ta carrière,
Plus loing qu'où tes rayons ont porté ta lumière.
J'ay forcé des pais que le jour ne voit pas,
Et j'ay veu la nature au delà de mes pas.
Neptune et ses tritons ont veu d'un œil timide
Promener mes vaisseaux sur leur campagne humide.
L'air tremble comme l'onde au seul bruit de mon nom
Et n'ose plus servir la haine de Junon.
Mais qu'en vain j'ay purgé le séjour où nous sommes,
Je donne aux immortels la peur que j'oste aux hommes !