‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 36 sur 186 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

DEJANIRE, LUSCINDE.

Dejanire, furieuse.

D'où que de tes rayons les cieux soient éclairez, Quelqu'endroit où tu sois en ces champs azurez, Espouse de Jupin, contente ma colère, Ton interest est joint à ma juste prière. O Junon! perds ce traistre, envoyé un mgnstre icy, Qui, te satisfaisant, me satisfasse aussi. S'il est quelque serpent, horrible, espouvantable. Capable d'estouffer ce vainqueur redoutable. Et qu'à ceste action tu puisses provoquer, Qu'il vienne, qu'il paroisse, et qu'il l'aille attaquer. Ou, s'il n'est point de monstre assez fort pour ta haine. Fais moy capable d'estre et son monstre et sa peine ; Change, si tu peux tout, ma figure, et ren moy

Telle qu'on peint l'horreur, et la rage, et l'effroy. Pourquoy perds-tu du temps à tirer de la terre Un monstre nécessaire à luy faire la guerre? Pourquoy dans les enfers cherches-tu sans effect Tout ce qu'ils ont de pire et ce qu'il a deffait? Si je porte en mon sein de quoy te satisfaire Et si j'ay là dedans sa Parque et son Cerbère, Tu trouveras en moy les armes qu'il te faut, Prépare seulement mon bras à cet assaut; Qu'une fois ceste main te soit officieuse, Sers toy d'une enragée et d'une furieuse. Inspire moy, déesse, et m'enflame le sein. Seconde ma fureur en ce juste dessein.

Madame, au nom d'Hymen et par ses fiâmes saintes. Modérez vos ennuis et reprimez ces plaintes; Laissez à ces transports succéder le repos, Paroissez Dejanire et femme d'un héros.

Dejanire.

Qu'Hercule me trahisse, et qu'Iole me brave! Qu'une jeune effrontée, une insolente esclave Dont le père a suivy ses peuples déconfits. Vienne en ce lieu donner des frères à mes fils. Et, pour avoir charmé les yeux de ce perfide, Soit fille de Jupin et compagne d'Alcide ! Non, non, je luy vendray mon honneur chèrement , Ou je destourneray ce triste événement.

Qu'il dispose des cieux et des enfers ensemble, Qu'au seul bruit de son nom toute la terre tremble, Il excite en mes sens une rébellion Pire que ses serpents, son hydre et son lyon. Une captive, ô dieux! partagera ma couche!

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