‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 35 sur 186 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LUSCINDE

Dieux! que la jalousie en un jeune courage, Alors qu'on aime bien, est une extrême rage L'Aiïrique en ses déserts ne présente à nos yeux Rien de si redoutable et de si furieux. Si tost que ce jeune astre aux regards de la reyne Exposa sa clarté si belle et si seraine, Aussi tost qu'à ses yeux lole se fit voir, Bien loing de se contraindre et de la recevoir, Avec bien plus de cris et bien plus enragée Que Niobe autrefois sur la rive d'^Egée, Par son geste confus figurant son tourment. Elle a tous nos esprits saisis d'estonnement. Elle court sans dessein, et sa course rapide Cent fois a fait trembler tout le palais d'Alcide. Elle renverse tout, rompt tout, et souz ses pas La maison est estroite et ne luy suffit pas.

ACTEII,SCENEI. 2

Sa pasleur fait juger du mal qui la possède,

La rougeur tost après à la pasleur succède ;

Elle verse des pleurs, et dans le mesme instant

Du feu sort de ses yeux qui les seiche en sortant.

En diverses façons son visage s'altère.

De moment en moment de soy-mesme il diffère.

Elle plaint, elle crie, et par-tout sa fureur

Excite la pitié, la tristesse et l'horreur.

Mais on ouvre; c'est elle : ô dieux! de quelle sorte

Elle court furieuse où sa rage la porte!

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