‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 44 sur 186 · ACTE III, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE I

Pour desarmer la Parque et ruiner ses loix, Mais Alcide souffrant d'insupportables peines, Et qui porte desja les enfers dans ses veines. Quoy! ce linge bruslant, à mon corps attaché, Par mes propres efforts n'en peut estre arraché ! De moment en moment ce poison devient pire ! O rage! ô desespoir! ô sensible martyre!

Philoctete.

Quel est cet accident?

Hercule.

Toy, funeste porteur De ce présent fatal, apprend moy son autheur. De qui l'as-tu receu?

Lychas.

Je le tiens de la reine.

Ta mort sera ton prix, lâche object de ma haine; Un traistre ne pourra se vanter un moment D'avoir fait endurer Alcide impunément.

[Il prend sa massue et court après Lychas Agis le suit.) Philoctete, seul.

Dieux! par quel accident, par quel malheur estrange. L'implacable Junon sur Hercule se vange ! En toute occasion, à toute heure, en tout lieu, Que n'a-t'elle tenté contre ce demy-dieu? Il ne peut éviter son aveugle colère Et porte le péché des amours de son père. Mais luy mesme est coulpable, et sa desloyauté Aura porté la reine à cette cruauté.

La jalousie est pire en un jeune courage Que monstres, que serpens, que pestes et que rage,

Et la mort qui suivra ce poison véhément Sera le triste effect de son ressentiment.

Page 1