HERCULE AU TEMPLE, PHILOCTETE, AGIS, LYCHAS
Hercule.
EN fin, maistre d'Iole et vainqueur d'Oechalie, Où de si dignes faits ont ma gloire establie, Où comme en tout le monde Hercule est révéré, Où mesme des vaincus mon nom est adoré. Mon père, qui guida mes armes légitimes, Attend de mon devoir des vœux et des victimes. Que le taureau soit prest quand j'auray dans les cieux Poussé le zèle sainct d'un cœur devotieux. Entretenez d'encens ceste saincte fumée Tant que soit par le feu l'offrande consumée.
{A Philodete.) Toy, ceints de ce rameau ton front majestueux,
Et preste à ce devoir un œil respectueux.
Philoctete.
Priez que le repos couronne le mérite, Qu'enfin de vos travaux la borne soit prescrite, Et que la terre, en vous comprenant tous ses rois. D'un zèle gênerai se range sous vos loix.
Hercule.
Oyez si mon esprit conçoit une prière Sçe.ante dans ma bouche et digne de mon père.
(Us se mettent tous à genoux.) Que ce globe azuré soit constant en son cours. Qu'à jamais le soleil y divise les jours, Que d'un ordre éternel sa sœur brillante et pure Aux heures de la nuict esclaire la nature; Que la terre donnée en partage aux humains Ne soit jamais ingratte au travail de leurs mains; Que le fer désormais ne serve plus au monde Qu'à couper de Cerés la chevelure blonde; Qu'une éternelle paix règne entre les mortels, Qu'on ne verse du sang que dessus les autels; Que la mer soit sans flots, que jamais vent n'excite Contre l'art des nochers le courroux d'Amphitrite, Et que le foudre en fin demeure après mes faits Dans les mains de mon père un inutile faix!
{Se levant, il dit ;) Mais quelle prompte flame en mes veines s'allume? Quelle soudaine ardeur jusqu'aux os me consume? Quel poison communique à ce linge fatal La vertu qui me brusle ? O tourment sans égal! Ouvre, enfer, à mes cris tes cavernes profondes, Preste contre ce feu le secours de tes ondes; Souffre Alcide là bas, non pas comme autrefois