SCENE III
AGIS, ALCMENE.
Agis.
G maison désolée ! ô perte déplorable ! Crédule Dejanire, et Nesse détestable!
Alcmene.
Quel tourment viens-tu joindre à mes autres douleurs Et quel nouveau mal-heur me demande des pleurs?
Agis.
Dejanire à nos yeux, mal-gré nostre deffence, D'un ruisseau de son sang a lavé son offence.
Alcmene.
Son supplice estoit juste, et mon œil ne peut pas Refuser toutefois des pleurs à son trespas. Puisque tu fus présent à la fin de sa vie, Dy-moy de quelle sorte elle se l'est ravie.
Agis.
Quand elle a sceu par nous Taccident mal-heureux
Qui sur Alcide exerce un mal si rigoureux,
Geste femme aussi tost, furieuse, enragée,
De cent coups inhumains a sa face outragée.
Et ses yeux pleins de feu, vers les astres portez.
Ont grossi d'un torrent de pleurs qu'elle a jettez.
« Comment! a-t'elle dit, quand il cesse de vivre,
Je résiste aux assauts que la douleur me livre!
Que tarde, mal-heureuse^ un généreux effort
De vanger son injure et reparer sa mort! »
Là,plusviste qu'un cerf qui court d'un pas agile,
Poursuivy des chasseurs, se chercher un azile,
Elle s'est retirée aux valons d'alentour.
Non pour se conserver, mais pour perdre le jour.
Nous la suivons en vain, et, dés nostre venue,
Elle avoit le poignard contre sa gorge nuë;
Luscinde à deux genoux, pleurant, joignant les bras,
De loin la conjuroit de ne s'outrager pas.
Et j'allois la saisir, lors que cette cruelle
A porté dans son sein la blessure mortelle.
Sur les fleurs d'alentour le sang en a jally,
Ses yeux se sont troublez et son teint est pâly.
Elle a finy sa vie avec ceste parole :
« Agis, m'a-t'elle dit, un seul point me console;
J'ay sans intention tramé cet accident.
Et mon dessein fut moins criminel qu'imprudent.
Par le linge fatal imbu du sang de Nesse,
J'esperois seulement l'effect de sa promesse,
Et croyois que ce sang, mortel à ce héros.
Me deust rendre ses vœux sans troubler mon repos. »