SCENE IV
HERCULE, PHILOCTETE, AGIS, ALCMENE.
Hercule.
Tous remèdes sont vains, et ce feu véhément Convertiroit en soy le liquide élément Avant qu'il esteignit ceste ardeur violente Qui de ce triste corps fait une ombre parlante. Donc, je ne puis franchir ceste severe loy, Ny donner au vainqueur la moitié de l'effroy. Quel antre si caché, quel endroit, quel azile Rend en ce desespoir ma poursuite inutile, Que desja de son cœur mon sein n'est le tombeau ? Quel dieu me la refuse et sauve mon bourreau?
Alcmene.
Sa main a prévenu vostre juste colère Et de son imprudence a payé le salaire. Helas! ce feu, mon fils, nous consomme le sein
6o HERCULE MOURANT.
Contre son espérance et contre son dessein.
Jamais telle fureur n'a son ame occupée,
Mais sa crédulité par Nesse fut trompée.
Il luy fit espérer que son sang qu'elle prit
Luj rendroit au besoin vos vœux et vostre esprit,
Et ce linge par elle imbu de ceste peste
Fait d'un dessein d'amour un accident funeste.
Hercule.
Mon père en soit loué, mes travaux ont leur fin, Ce que vous m'apprenez explique mon destin. Un chesne prophétique en la forest de Cyrre Par ces mots à peu prés m'a prédit ce martyre :
Appuy des dieux et des humains, Victorieux Alcide,
Un qui sera mort par tes mains Sera ton homicide.
Telle est mon advanture et la loy de mon sort. Un vainqueur insolent ne survit point ma mort. Il reste de choisir une fin mémorable Qui pour tous les neveux laisse un renom durable. Sus, pour aider le feu dont ce sein est pressé, Qu'au plus haut de ce mont un bûcher soit dressé. Que toute la forest tombe sous vos espées. Qu'à ce pieux devoir elles soient occupées. Que mes plus chers amis y portent le flambeau Et qu'on me voye entrer en cet heureux tombeau. Toy, fidelle tesmoin des conquestes d'Alcide, Gloire de la valeur et du sang Pseantide, Reçoy ce dernier gage et te serts à ton tour De ces traicts teints du sang qui me prive du jour. Mais, et ressouviens-toy d'accomplir ma prière, Fay sur le sein d'Arcas leur espreuve première :